Classes sociales en Angleterre
Époque georgienne,  Époque Régence

Les classes sociales en Angleterre

Au début du XIXème siècle, l’Angleterre (comme le reste de l’Europe, d’ailleurs) obéit encore à un système traditionnellement féodal, qui place le pouvoir aux mains d’une élite désignée par la naissance, centralisée autour d’un monarque. Ce système va évoluer lentement tout au long du siècle pour devenir la démocratie parlementaire d’aujourd’hui.

J’avais déjà abordé ce sujet ici pour expliquer que Darcy n’est pas un membre de la noblesse, mais je vais reprendre tout ça en détails. Désolée si je me répète (c’est pour vérifier si vous n’êtes pas perdus ! 😉 ).

Comme ce serait un peu trop simpliste de juste diviser la population en 3, du genre noblesse/clergé/Tiers-État, comme on nous l’apprend dans nos cours d’Histoire, on va se pencher sur la façon de faire des Anglais : ils répartissent leurs classes sociales en 3 (avec une subdivision haut/bas) ou parfois en 7.

POUR CREUSER un peu plus les origines féodales de la noblesse anglaise, allez donc faire un tour ici. J’y parle de la série The Last Kingdom, de ses rois et de ses nobles qui ne ressemblent en rien à ce que vous allez voir ci-dessous.


Une division en 3 classes

La classe supérieure

L’aristocratie se compose de la royauté et des nobles :

  • Roi : il est l’ultime détenteur du pouvoir, en haut de la hiérarchie
  • Prince : c’est un membre de la famille du Roi
  • Noble : il possède un ou plusieurs titres de noblesse qui, à sa mort, seront transmis au premier héritier mâle disponible, typiquement le fils aîné. S’il n’y a pas de fils, le titre ira à un frère, un neveu, un cousin, selon l’ordre de préséance… Je vous renvoie à cet article, ici, pour ne pas tout répéter 😉 .

Tous les nobles sont à la tête d’un peerage (une pairie, c’est à dire une section du royaume d’Angleterre plus ou moins grande selon qu’on est duc, marquis, comte, vicomte ou baron). Cela fait d’eux des pairs et leur confère une responsabilité politique. C’est pourquoi ils siègent au Parlement, dans la Chambre des Lords. J’en parlais ici, à propos de la saison londonienne.

RAPPEL : Le roi peut décider de créer de nouveaux titres de noblesse à tout moment. Le troisième fils d’un baron, qui n’a pas hérité du titre de son père, pourrait donc quand même devenir baron plus tard (ou même comte, pourquoi pas !), si c’est la volonté du roi. Dans ce cas, son titre de noblesse ne sera pas le même que celui de sa famille, puisque ce sera un nouveau : il sera associé à d’autres terres et d’autres privilèges.

Le plus souvent, ces titres sont créés en remerciements pour des prouesses à la guerre. N’oublions pas que les membres de la noblesse sont traditionnellement des hommes d’armes, chargés de lever et de diriger des armées pour leur souverain.

Et pour finir, il arrivait en de très rares occasion que l’on donne un titre à des femmes, voyez les détails ici.

Quant à la gentry, son vrai nom est landed gentry (« gentry possédant des terres »). Elle désigne les gentilhommes à la tête d’un domaine et vivant de leurs rentes (oui, oui, celles-là, ici, là… 😉 ).

Elle se compose – entre autres – de tous ceux qui dérivent de la noblesse mais qui n’ont pas hérité de titres (par exemple les autres fils d’une lignée de nobles, le frère aîné ayant reçu le titre mais pas eux) ou encore les enfants des femmes issues de la noblesse.

  • Baronet : celui-ci est un peu tordu… C’est un titre héréditaire et qui est relié à des terres, par contre ce n’est pas un titre de noblesse car un baronet n’est pas un pair et ne siège pas au Parlement.
  • Chevalier : c’est un titre honorifique, offert par le Roi comme signe de gratitude. Il n’y a aucune terre attachée à ce titre, il est valable à vie mais il disparaîtra ensuite, car il n’est pas héréditaire et ne pourra pas être transmis aux héritiers.
  • Écuyer : ce n’est pas un titre (pas même honorifique !), plutôt une marque de courtoisie. Le Roi va avoir tendance à appeler « écuyer » ceux qui travaillent directement pour lui mais ne possèdent aucun titre d’aucune sorte.
  • Gentleman : lui non plus n’a aucun titre. En revanche, il est propriétaire de terres, reçues par voie d’héritage.

La classe moyenne

La classe moyenne se divise en deux sous-catégories, basées sur le niveau de vie. Ces gens-là doivent travailler pour gagner leur vie, par contre il s’agit de travails « de qualité », plutôt intellectuels et nécessitant une bonne éducation. On travaille, c’est vrai, mais on reste du côté de ceux qui dirigent, et non pas des vulgaires exécutants.

La classe des travailleurs

Ici, on parle de 80% de la population : ce sont eux, les bras qui travaillent dur. Ils s’agit de tous les travaux manuels, rémunérés par des gages ou un salaire. Et comme l’éducation n’est pas indispensable, la plupart de ces travailleurs ont été mis au boulot dès leur plus jeune âge et sont restés analphabètes.


Une division en 7 classes

Au cours de mes recherches, j’ai aussi souvent vu une division de la société en 7 classes sociales. C’est la hiérarchie que je préfère.

Avec cette classification, on se rend compte que les barrières entre les classes sociales sont plus floues. Les rois et les nobles sont toujours en haut de la pile, mais la gentry prend un sens plus large : techniquement, elle devrait être constituée uniquement des membres de la 2ème classe, pourtant cette bonne société s’étend bien souvent jusqu’aux 3ème et 4ème classes.


La montée de la bourgeoisie

Être immensément riche ne fait pas de vous quelqu’un de noble. En revanche, être immensément riche peut vous faire grimper dans l’échelle sociale, en particulier au XIXème siècle qui voit l’épanouissement d’une certaine catégorie d’individus : les bourgeois.

Depuis l’époque médiévale, les bourgeois (habitants des bourgs) sont des commerçants, des hommes d’affaires. Au début du XIXème siècle, avec l’ère industrielle et les colonies qui se développent, certains d’entre eux vont réussir à se bâtir une fortune considérable, et à se créer un train de vie similaire – voire largement supérieur – à ceux qui ont pourtant une meilleure naissance. C’est ce qui fait que la noblesse et la gentry vont commencer à fréquenter des banquiers, des commerçants à la tête de gros business, ou encore des propriétaires d’usines ou de mines. Des gros patrons, quoi.

Cela dit, la naissance fait quand même défaut… Pour les bourgeois, c’est un complexe. Quand on vient d’un petit milieu, qu’on a fait fortune à la sueur de son front et qu’on essaye à présent de se montrer l’égal des élites féodales, mieux vaut avoir des arguments !

C’est pourquoi beaucoup de bourgeois achètent des domaines et des maison de prestige pour se faire passer pour des gentlemans (j’en parle en détail ici). Ils deviennent rentiers sur le tard, après avoir passé une vie à travailler pour faire fructifier leurs affaires, ou alors ce sont leurs enfants qui seront rentiers.

POUR ALLER PLUS LOIN… Cette dynamique entre les bourgeois enrichis et la classe supérieure va s’intensifier tout au long de l’époque victorienne. C’est ce qui donnera lieu au phénomène des Dollar princesses, ces bourgeoises américaines fortunées qui, au tournant du XXe siècle, vont épouser en masse des nobles anglais titrés mais plus aussi riches qu’avant. C’est exactement la situation de Lord et Lady Crawley, dans Downton Abbey, et je vous renvoie vers l’article que j’ai fait sur ce sujet, ici.


Alors, la gentry : noblesse ou pas noblesse ?

On décrit parfois la gentry anglaise comme une « petite noblesse », car :

  • une bonne partie de ses membres sont issus de la noblesse (bien qu’ils ne soient pas titrés eux-mêmes). Ils ont des parents, frères, oncles, cousins, grands-parents nobles.
  • les gentlemans le sont parce qu’ils ont bien souvent hérité d’un domaine familial. On est dans la même tradition que la noblesse, c’est à dire une transmission du statut social par voie d’héritage.
  • elle est parfois décrite comme nobiles minores, que l’on pourrait traduire en français par « petite noblesse », ou encore par « noblesse de campagne » (en opposition à « noblesse de cour »)

Toutefois, les titres de baronets ne sont pas des peerages. L’écuyer ne correspond à rien de tangible et le mot gentleman désigne toute personne capable de s’acheter un domaine. Quant aux titres de chevaliers, ils peuvent être accordés à n’importe qui sur la seule volonté du Roi : on peut ainsi voir un « vulgaire » commerçant comme Sir Lucas, issu de la classe moyenne, faire un bond dans l’échelle sociale sur la base de… quoi ? de réalisations personnelles ?

La gentry ne se détermine donc pas uniquement par la naissance, comme c’est le cas pour la noblesse, qui tient mordicus à la pureté de son sang. La gentry n’est pas non plus exclusivement basée sur la possession de terres, puisqu’un chevalier ou un écuyer n’en ont pas forcément. La royauté, qui ne s’entoure que la noblesse, ne fréquenterait jamais les gens de la gentry, jugés trop inférieurs (à moins d’être le second fils d’un puissant duc…). Enfin, au début du XIXème siècle, le concept de gentry s’élargit en commençant à inclure les bourgeois enrichis.

J’ai eu beau chercher, les Anglais eux-mêmes n’ont pas de réponse très claire. C’est sujet à interprétation. Alors, ça peut se discuter, mais personnellement je fais une distinction très nette : qu’elle soit petite ou grande…

… pour moi, la gentry N’EST PAS de la noblesse.

Trop mélangé pour ça, en particulier à l’époque de Jane Austen où un peu tout le monde avec un niveau de vie suffisant essaye de se prétendre de la gentry !


En conclusion

Les classes sociales évoluent en permanence. C’est pourquoi on ne peut pas répondre avec une précision absolue aux questions : « Comment les classes sociales étaient-elles réparties, à l’époque ? La gentry fait-elle partie de la noblesse ou non ? ». Ce qui était vrai à l’époque Régence ne l’est plus autant à la fin de l’époque victorienne, en particulier avec cette fichue bourgeoisie qui brouille les pistes…

Dans Nord et Sud, Mr. Thornton ne fait pas partie de la gentry : c'est un bourgeois

Je vous donne un exemple : Mr. Thornton, dans Nord et sud, est-il un gentleman ? On aurait le réflexe de le classer parmi la gentry, non ?

Beeeeen non. C’est un bourgeois. Plutôt riche, certes, mais avant tout un patron qui doit travailler pour faire tourner son usine, et absolument pas un gentleman-rentier-oisif.

De plus, appartenir à une classe ne signifie pas être hermétique aux autres : on travaille ensemble, on se fréquente, on se marie parfois entre classes. Mais on essaye aussi de rester « entre soi » : ce n’est que lorsque l’écart est trop important que les gens trouvent à y redire.

Enfin… Tout ça est très relatif.

Il me semble qu’au final, il n’y a que deux critères principaux qui séparent la population : la richesse et l’éducation. Ceux qui possèdent l’un et/ou l’autre vont pouvoir se fréquenter (à des degrés divers), tandis qu’il y aura un fossé infranchissable interdisant de « fricoter » avec la classe des travailleurs.

SOURCES :
Wikipedia - Social classes in the United Kingdom
Wikipedia - British royal family
Wikipedia - Aristocraty
Wikipedia - British nobility
Wikipedia - Gentry
Wikipedia - Peerage
Regency period social hierarchy
19th century England social hierarchy
19th century England : society, social classes and culture
YouTube - Social class in Pride and Prejudice
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