Les différents types de prostituées au XIXème siècle


- Belle époque, - Époque victorienne / mercredi, avril 1st, 2020

Quand on songe aux maisons closes du XIXème, on a généralement en tête les salons chics, les beaux meubles, les rideaux de velours rouge cramoisi, la musique et le champagne, le tout peuplé de messieurs élégants et de filles magnifiques, belles comme des gravures de mode, parées de bijoux et de fleurs.

En réalité, la prostitution s’exerçait depuis les plus hauts sphères jusqu’aux bas-fonds de la société. Des bordels, il y en avait donc de toutes les sortes, des plus luxueux aux plus sordides, sans compter les clandestines qui continuaient de travailler en douce, dans la rue et ailleurs.

Petits portraits…


Les femmes du monde

J’avais expliqué ici que les prostituées du XIXème siècle doivent être inscrites au registre de la police pour qu’on puisse les surveiller et contrôler les maladies vénériennes (dont la syphilis, voyez ici).

Pour ce qui est des femmes du monde, il arrive qu’elles soient encartées (c’est à dire enregistrées par la police, mais travaillant en indépendantes), ou bien qu’elles soient d’anciennes prostituées sorties du bordel par un client amoureux. Il arrive aussi qu’elles soient uniquement des maîtresses entretenues à grands frais par un ou plusieurs amants (et ça reste une forme de prostitution).

La courtisane

On l’appelle aussi une horizontale ou une demi-mondaine.

Elle représente le sommet que toute prostituée aimerait atteindre, car elle vit dans un luxe fou, avec bel appartement, domestiques, robes et bijoux… Elle fréquente les salons, les théâtres et les opéras, se fait inviter partout, évolue dans les cercles privilégiés. Si elle est est arrivée là, c’est qu’elle est très belle, éduquée, et semblable en tout point à une grande dame. Elle a aussi, forcément, fait les bonnes rencontres et su séduire les hommes puissants et richissimes capables de lui faire mener ce train de vie.

La courtisane est donc au sommet. Mais c’est une position fragile, qui repose entièrement sur sa capacité à séduire, à rendre les hommes fous d’amour pour elle. Il suffit que le temps ou une maladie lui fasse perdre de sa beauté, que son amant se lasse d’elle, et elle va commencer à dégringoler.

Mieux vaut pour elle trouver le moyen de se faire épouser d’un de ses amants. Ou alors, avoir l’intelligence de mettre un peu d’argent de côté pour ses vieux jours…

COURTISANE : Etymologiquement parlant, une courtisane est d’abord une dame de haute naissance qui réside à la Cour, dans l’entourage de la royauté.

Comme on le sait, nombre d’entre elles sont devenues les maîtresses des rois, ce qui les a associées à une sexualité illégitime et à un statut de femmes immorales. C’est comme ça qu’avec le temps, le sens du mot « courtisane » a glissé pour finir par désigner celles qui se prostituent dans un contexte de luxe et de cercles sociaux élevés.

La cocotte

Un peu comme la courtisane, la cocotte est une maîtresse entretenue mais qui n’est pas (ou n’est plus) enregistrée par la police.

Le nom vient de la forme affectueuse de « poule » ou « poulette ». Pourquoi exactement ? Je ne sais pas. Est-ce parce qu’on trouvait les petites poules drôles et mignonnes ? Ou parce que les enfants aimaient leur courir après pour les attraper ? Être celui qui a réussi à attraper une cocotte, ça aurait en effet un certain sens quand on parle de jeunes femmes… Mais j’extrapole ! 😉

Moins haut placée dans l’échelle sociale qu’une courtisane, la cocotte mise aussi beaucoup sur ses charmes pour conserver le ou les amants qui la font vivre. Elle en fait des tonnes pour se faire remarquer, et elle est notamment reconnue pour porter trop de parfum : c’est de là que vient le terme « sentir la cocotte » ou « cocotter » (qui n’est, bien entendu, pas un compliment).


Les filles à numéro

Elles vivent dans les maisons closes et sont enregistrées par la police. On les appelle les « filles à numéro » car elles sont identifiées selon le numéro du bordel dans lequel elles travaillent.

Pour ces filles-là, la prostitution est un métier à temps plein. Elles ne font que ça et sont exploitées jusqu’au bout par leur patron(ne).

La fille de bordel

Elle a généralement entre 20 et 25 ans.

Elle est entrée dans une maison close parce qu’elle a un besoin criant d’argent, qu’elle est à la rue, sans famille, sans ressources, ou alors elle ne supporte plus la dureté du travail et le salaire de misère qu’elle gagne avec son emploi. Elle s’est déjà prostituée à l’occasion auparavant. Elle s’imagine qu’elle va pouvoir y faire beaucoup d’argent en peu de temps, mais se retrouve embarquée dans un système qui ne la laissera plus ressortir.

Tôt ou tard, elle chopera la syphilis, se fera soigner au mercure qui lui déglinguera la santé, et comme elle ne sera plus aussi belle et fraîche qu’avant, sa maison ne voudra plus la reprendre. Pour elle aussi, ce sera la dégringolade…

L’exotique

Question de business : un bordel se doit de proposer un assortiment de filles très variées physiquement, afin de satisfaire tous les goûts de ces messieurs.

La Négresse, la Juive, l’Italienne, l’Espagnole ou la Mauresse, par exemple, se démarquera des autres en mettant de l’avant son « exotisme », à une époque où tout ce qui vient d’Orient fait rêver.


Les clandestines

On parle là de toutes les femmes du peuple, qui ont un statut ou un métier officiel et ne se prostituent que de façon occasionnelle, quand le besoin d’argent se fait sentir. Enfin, d’ici à ce que l’occasionnel se transforme en habituel

Dans cette situation, elles sont bien entendu illégales et passibles d’amendes et de prison si elles se font attraper.

La travailleuse pauvre

Chacun sait que travailler et toucher un salaire ne signifie pas être à l’abri du besoin. Dickens, Hugo et Zola nous ont assez décrit la misère noire dans laquelle vivaient quantité d’hommes et de femmes, notamment ceux qui se tuaient à la tâche dans les usines et les différents métiers en lien avec le développement industriel.

Une travailleuse, mariée et avec des enfants, peut très bien se prostituer de temps en temps, sans pour autant se considérer elle-même comme une prostituée. On fait ce qu’il faut pour nourrir ses enfants, voilà tout ! Quant au mari, il arrive qu’il soit au courant et qu’il l’encourage, ou alors qu’il ferme les yeux. L’essentiel, c’est d’avoir des sous.

La fille des champs

La prostitution est globalement un problème qu’on rencontre en milieu urbain. Il y en avait aussi dans les campagne et en périphérie des villes, mais en moins grandes proportions.

Un peu comme la travailleuse, la fille des champs est bien intégrée en société, vit chez ses parents si elle est jeune, élève ses enfants si elle est mariée, travaille à la ferme… Elle ne se prostitue que de façon épisodique, le plus souvent dehors, à la belle saison, quand il y a des rassemblements d’hommes (par exemple pour les moissons ou les soirs de fêtes). Une petite culbute dans les buissons, et elle retournera à ses occupations avec quelques sous en poche.

La danseuse

Les hommes « de la haute » passent beaucoup de temps à l’opéra et au ballet, qui sont des évènements mondains. Ça laisse du temps pour fantasmer sur les grandes stars de la scène. Mais comme ces dernières ne sont généralement pas accessibles (je vous reparlerai de la prostitution chez les artistes), on se rabat sur les seconds rôles et les figurantes. On aime assez l’idée de « se faire un petit rat de l’opéra », par exemple. Quant à la danseuse, elle aimerait devenir un jour une grande artiste et se trouver un riche mécène/amant/mari (dans cet ordre…), alors elle est facile à convaincre.

Dans un autre registre, on trouve aussi les bals publics, très populaires. On boit, on joue, on chante, on danse… C’est l’occasion pour une danseuse de se faire embaucher afin de mettre l’ambiance sur la piste (autrement dit, allumer les hommes pour les inciter à consommer, et plus si affinités). C’est aussi l’occasion pour une jeune ouvrière de venir se divertir avec ses copines, et de profiter de la fête pour faire quelques passes afin d’arrondir ses fins de mois.

La chanteuse de cabaret

Dans le même genre que les danseuses qui rêvent de rencontrer celui qui fera décoller leur carrière, on trouve dans les cafés-concert et les cabarets des chanteuses venues se produire sur de petites scènes en espérant un jour devenir des têtes d’affiche.

Or, dans les établissements de type café-concert ou cabaret, le spectacle et la prostitution vont ensemble. Le client peut inviter la chanteuse à souper avec lui, ou bien demander à passer un moment avec elle après le show… La chanteuse n’est jamais juste une chanteuse.

La fille de brasserie ou de café

Dans les années 1870, à Paris puis dans les autres grandes villes, les brasseries ont commencé à faire servir leurs boissons non plus par des serveurs, mais pas des serveuses. De préférence jeunes, jolies, et court vêtues. Il n’a pas fallu longtemps avant que le fait de « venir admirer la jolie serveuse tout en sirotant sa bière » se transforme en « venir culbuter la jolie serveuse après avoir siroté sa bière ».

La fille de brasserie est une rabatteuse à clients : elle bavarde avec eux et les fait boire (c’est bon pour les affaires de la brasserie), puis les emmène dans une chambre d’hôtel tout proche (c’est bon pour les affaires de l’hôtel).

Ce système a fini par être interdit, car il y avait des abus (notamment, des patrons faisant travailler des filles de plus en plus jeunes), mais ce sont les cafés et les cabarets qui ont pris la relève. Des endroits parfaits pour permettre aux prostituées, indépendantes ou clandestines, de démarcher leurs clients, sans encourir les dangers de la rue.

La petite fille

La notion de protection de l’enfance et de pédophilie est extrêmement récente. Bien sûr, les gens du XIXème étaient également choqués d’apprendre qu’une gamine de 11 ou 12 ans se prostitue, mais c’est un raisonnement de bourgeois que les miséreux ne peuvent pas se permettre. Sans compter qu’on ne pointera jamais du doigt l’homme qui avoue préférer les filles quand elles sont vraiment très jeunes (oui, je sais, ça a encore du mal à changer, de nos jours… soupir…).

On se doute bien qu’une môme de 10 à 14 ans ne se prostitue pas de sa propre initiative : c’est sa famille qui la met au travail. Ça peut être, là aussi, occasionnel, ou bien ça peut être régulier (comme un parent qui amènerait sa fille tous les jours dans une maison close avec laquelle il a une entente). Dans tous les cas, c’est absolument illégal, et le parent coupable écopera de plusieurs années de prison s’il se fait prendre.

Quant aux gamines qui ont commencé aussi tôt, elles n’ont malheureusement pas beaucoup de chances de faire autre chose de leur vie. Elles risquent d’ailleurs d’avoir une vie plutôt courte, vu les risques qu’elles encourent face à la syphilis ou à des grossesses trop précoces.

La fille à soldats

Qu’est-il arrivé à la fille de bordel déchue, après être devenue trop vieille ou bien avoir attrapé la syphilis ? Si elle n’en est pas (encore) morte, elle a peut-être été reprise par une autre maison, moins regardante. Au fil du temps, elle est passée dans des établissements de plus en plus miteux, peut-être même jusqu’à ces maisons d’abattage où les filles amochées et malades sont ivres du soir au matin et ne réagissent même plus quand les hommes leur passent dessus.

À la longue, elle a sûrement fini par se faire mettre à la porte, et elle a commencé une vie de vagabondage. Elle suit les regroupements d’hommes comme les détachements militaires ou les ouvriers travaillant sur de grands chantiers, le chemin de fer, etc.

Généralement, à ce stade, elle est devenue si abîmée et repoussante que les hommes doivent eux-même être très soûls pour avoir envie d’elle. Une passe ne rapporte plus grand chose. C’est le bout de la misère, et, rendu là, il n’y a plus moyen de remonter la pente. On devine tous comment ça va se terminer.


… et les hommes aussi

N’oublions pas que la prostitution masculine a, elle aussi, toujours existé, même si c’est en proportions bien moindres et qu’on n’en parle jamais.

Dans les maisons closes, on ne proposait jamais ouvertement des hommes au menu, puisque l’homosexualité masculine est punie par la loi (le lesbianisme aussi, d’ailleurs, et à ce sujet je vous renvoie à mon article sur Gentleman Jack, ici).

N’empêche : le client est roi, alors s’il aimerait plutôt un joli jeune homme, il n’a qu’à en toucher un mot à voix basse à la tenancière. Elle a toujours les contacts qu’il faut et sera capable de faire venir quelques garçons assez rapidement… et toujours très discrètement.


En conclusion

Oublions une seconde les salons tendus de velours des élégantes maisons closes victoriennes : la prostitution, au XIXème comme aujourd’hui, a de multiples visages.

Il y aurait beaucoup à dire sur la mentalité prude des bourgeois de cette époque, comparée à la vision de la sexualité que pouvaient avoir les populations des classes inférieures. Pour beaucoup, ce n’était pas si facile de garder un toit au dessus de sa tête et d’avoir de quoi manger tous les jours, alors on ne faisait pas grand cas d’une petite passe ici ou là si jamais on ne pouvait pas faire autrement. Il ne s’agit pas d’en faire un métier, ni même de se considérer comme une prostituée : on couche vite fait avec un inconnu dans l’arrière-boutique ou dans un bosquet en échange d’une piécette, et puis on retourne à sa vie quotidienne.

N’empêche, il y a un truc qui me fascine chez toutes ces femmes : coucher ici ou là, sans se montrer trop regardante sur le partenaire, je comprends, mais… elles n’étaient super angoissées à l’idée de tomber enceinte ?

Clairement, ça valait le coup de creuser un peu la question de la contraception, alors j’en ai fait un autre article, ici ! 😉

SOURCES :
Livre – Les maisons closes: 1830-1930, (Laure Adler)

16 réponses à « Les différents types de prostituées au XIXème siècle »

  1. Bonjour Lise, moi ce qui me fascine c’est cette force de survie. Certes la religion était très forte et le suicide « interdit » mais quand même où trouver la force de continuer dans ces conditions ? Elles étaient fortes dans leur tête

    1. Oui, il fallait une santé de fer et un moral d’acier, c’est rien de le dire… Ce qui n’empêchait pas bon nombre d’entre elles de tomber dans l’alcool et les drogues pour endurer leur vie. Et, tu as raison de le souligner, la religion pouvait aussi être une façon de trouver du réconfort (on peut être putain et très pieuse, ce n’est pas incompatible), ainsi que le fait de se sacrifier elles-mêmes afin d’assurer un avenir meilleur à leurs enfants.

      Aussi, je crois que c’est beaucoup une question de normalisation. Quand on est toute seule à se prostituer et qu’on est rejetée par la société, pointée du doigt, salie et haïe, c’est forcément extrêmement lourd. Mais si on fait partie d’un groupe, qu’on vit toutes la même chose, et que malgré tout on est inclues dans une société qui nous tolère plus ou moins, alors la vie devient « normale » et, forcément, beaucoup plus supportable. Il y avait clairement des femmes qui souffraient profondément de leur situation, alors que pour d’autres il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. C’était comme ça, et puis c’est tout.

      Mais c’est difficile d’en juger, vu que nous portons sur leur époque notre regard et nos valeurs contemporaines, qui sont bien différents des leurs.

  2. Bonjour Lise, la chanteuse de cabaret pouvait-elle refuser un client ? (pour la danseuse tu parlais de la convaincre, ce qui suggère qu’elle avait quand même le choix) Elles ne pouvaient pas ne pas se prostituer ?
    Dans Le Portrait de Dorian Gray, le personnage principal se fiance avec une comédienne (employée dans un théâtre miteux) et la jeune fille est plutôt présentée comme une jeune ingénue bien qu’évoluant dans un milieu sordide… Il y avait une différence entre le statut d’actrice et celui de chanteuse ?

    1. Dans les milieux artistiques de cette époque, la limite est très floue entre l’artiste qui vit de son art, et celle qui vit de tout ce qu’elle peut trouver comme à-côtés, à savoir plein de petits boulots et des amants plus ou moins réguliers. On voit de tout.

      Une « vraie » prostituée, à l’époque, c’est une fille enregistrée par la police (elle se fait enregistrer d’elle-même, ou alors elle est inscrite automatiquement après avoir été arrêtée à quelques reprises dans des affaires où elle a été reconnue comme fournissant des services sexuels). Mais ensuite, il y a toutes les autres, qui vivotent comme elles peuvent et qui monnayent leurs charmes quand l’occasion se présente. Elles ne se considèrent pas forcément elles-mêmes comme des prostituées, mais c’est pourtant bien ce qu’elles font dès lors qu’elles couchent avec un homme de façon intéressée, pour obtenir des cadeaux ou de l’argent.

      Maintenant, elles ne sont pas toutes OBLIGÉES de se prostituer, dieu merci. Par contre, dès lors qu’elles sont embauchées par un patron pour travailler dans un établissement destiné en majorité à un public masculin, il peut arriver qu’elles aient un accord avec lui et qu’il soit entendu entre que la fille est là également pour se prostituer auprès des clients. Il peut arriver aussi qu’elle y soit poussée par son souteneur (mac), si elle en a un, ou qu’elle le fasse d’elle-même.

      Bref, comme je disais, c’est très flou. Dans ces milieux-là, on ne sait jamais trop à l’avance si les filles sont « honnêtes » ou bien si elles accepteront quelques culbutes, alors une chose est certaine : les hommes sont après elles en permanence. Une serveuse/danseuse/chanteuse/actrice/etc qui n’est là que pour faire son travail doit s’attendre à endurer toutes les mains aux fesses et les remarques déplacées possibles, car les clients vont constamment s’essayer.

  3. Je repense aussi à Un Fil à la Patte de Marivaux (dans un autre genre!). On voit effectivement défiler chez la chanteuse de café-concert un certain nombre d’amants potentiels (et son entourage lui dit d’ailleurs que ce serait de la folie de repousser le plus riche sous prétexte qu’elle en aime un autre) mais elle paraît cependant libre… ?

    1. C’est possible qu’elle le soit. Je vais corriger mon article pour que ce soit moins confus : les artistes ne sont pas toutes forcées de se prostituer par le patron du théâtre qui les emploie, loin de là. Mais c’est parfois un deal qu’ils ont ensemble (et dans ce cas, le patron se prend un pourcentage sur l’argent que gagne la fille), ou alors c’est simplement sa situation d’artiste qui fait que les hommes/amants/clients lui tournent autour, et là c’est à elle de décider de ce qu’elle en fait. Elle peut être simplement une femme célibataire qui collectionne les « amants avec avantages », ou bien être carrément une prostituée officielle enregistrée auprès de la police (et c’est peut-être quelque chose qu’elle ne dira pas à tout le monde, d’ailleurs…).

      C’est flou, et il y a de tout 😉

  4. Malheureusement nos valeurs contemporaines ne sont pas mieux qu à cette époque, rien que depuis le #balance ton porc toutes les professions sont ciblées, de l artistique au service à la personne en passant par l administration, le tourisme sexuel,internet pour l étudiant…rien n a changé.

    1. En effet, c’est le problème d’avoir établi des civilisations où ce sont les hommes qui dirigent. Dès l’instant qu’ils sont en position de pouvoir et d’autorité (le client, le public, le patron…), ils se pensent autorisés à abuser de leur position pour en demander plus.

      L’autre problème, c’est que ça arrange bien certaines femmes, qui en tirent des bénéfices, ce qui crée la confusion. Et ça arrange certains hommes, qui refusent (par aveuglement, paresse, bêtise…) de reconnaître qu’il y a une différence entre la femme qui dit oui, celle qui dit non, celle qui dit oui parce qu’elle y est forcée, etc. Dans le doute, on les met toutes dans le même panier, on insiste en espérant qu’elles finiront par céder, et ça donne lieu au harcèlement ordinaire et à tous les abus qu’on connaît. J’en avais un peu parlé dans mon article à propos du baiser sous le gui : https://www.liseantunessimoes.com/noel-austenien-8-le-nouvel-an/

      Tant qu’on continuera de considérer les femmes comme des objets qu’on peut s’approprier/consommer, au lieu de sujets avec leur volonté propre, rien ne changera…

  5. Bonjour, Après lecture de votre article je me suis posé une question. Dans le cas de l’Opéra de Paris et de ses petits rats au XIX ème siècle, les homme qui se plaisait à venir « chasser » n’était-il pas, pour certains, intéressés par les garçons ?

    1. Je ne sais pas s’il y avait beaucoup de garçons parmi les petits danseurs de ballet (il me semble que ça a quand même toujours été une majorité écrasante de jeunes filles, non ?), mais je suppose que oui, eux aussi devaient être pourchassés par certains messieurs.

      Par contre, ça devait être bien moins courant. D’abord parce que les hommes homos sont à la base moins nombreux que les hétéros, mais aussi parce qu’il fallait rester discret car l’homosexualité est réprouvée par la morale (et punie par la loi !). Alors que poursuivre une danseuse de ses assiduités, c’est sans danger pour la réputation d’un homme.

  6. « elles n’étaient super angoissées à l’idée de tomber enceinte ? »

    C’est une question que je me pose très souvent vis-à-vis de ce métier. Je me pose aussi souvent la question des (tentatives de?) contraceptions et des avortements à l’époque. Malheureusement il est difficile de trouver réponses à ces interrogations. J’ai hâte d’en lire plus à ce sujet dans un nouvel article!

    1. J’ai déjà en tête quelques réponses à ces questions, des trucs appris quand je faisais mes recherches pour écrire « Les filles de joie », mais je vais creuser le sujet. La sexualité et la reproduction/contraception hors mariage classique sont un tabou, et c’est vrai que ce n’est pas facile de trouver des réponses… Un article à venir donc ! Pas mercredi prochain (j’ai prévu autre chose), mais dans les prochaines semaines, c’est sûr 🙂

  7. Bonjour ! ☺️
    Alors avant toute chose, j’adore ton blog ! J’ai lu tous tes articles et franchement j’adore, c’est absolument passionnant et très diversifié avec une petite pointe d’humour qui rend l’ensemble absolument captivant. J’attends chaque nouvel article avec impatience.
    Ensuite, j’aimerais beaucoup avoir un article plus détaillé sur la prostition masculine (d’ailleurs, n’y avait-il que d’autres hommes pour en profiter ou est-ce que des femmes riches se payaient elles aussi les services d’un beau gigolo ?) ou l’homosexualité masculine en générale au 18 et 19ème siècle, car même aujourd’hui c’est un sujet extrêmement tabou et je trouve cela vraiment triste de fermer les yeux sur la souffrance des homosexuels en prétextant que ça n’a pas existé (je ne dis pas que toi tu le fais, c’est juste que c’est très peu évoqué dans les livres d’histoire).
    En rapport avec la prostitution infantile, j’aimerai beaucoup avoir plus d’infos sur les droits et la condition des enfants à l’époque. Parce que j’ai un peu l’impression qu’avant leur majorité, c’étaient un peu des animaux de compagnie 🤔Une description des la vie des artistes et comment ils vivaient devrait également être passionnante 🤩
    Voilà, c’est tout pour moi. Merci encore pour ton travail !

    1. Salut ! Et merci à toi, ça fait toujours super plaisir de voir que mon blog plaît autant ! 🙂

      Tu soulèves un très bon point : c’est vrai qu’on ne parle quasiment jamais de la prostitution masculine, qui existait pourtant bel et bien. Par contre, il y a une distinction à faire entre le fait de se prostituer et le fait d’être homosexuel. Je pense notamment à ces maisons de rencontres pour hommes (où certains se travestissaient en femmes, d’ailleurs) : tous ne se prostituaient pas, certains cherchaient juste des relations sexuelles et/ou amoureuses. Je me souviens en avoir vu quelques fois dans des films ou des séries (notamment dans la série « Taboo », pendant la Régence, où un des personnages est gay et se fait prendre en flagrant délit dans une de ces maisons). Mais une chose est sûr : des bordels d’hommes, ça n’existe pas, car l’homosexualité est interdite par la loi, et dans le cas des hommes c’est puni de prison et parfois même de mort… C’est un bon sujet d’article, ça, merci pour l’idée ! J’ajoute ça dans ma liste 🙂

      Pour ce qui est des gigolos, il arrivait que des clients fassent venir des prostituées chez eux, à domicile, pour des « parties fines » entre amis ou bien pour assouvir divers fantasmes… Il est donc probable que certaines femmes aient pu ainsi coucher avec des prostitués masculins, mais probablement en étant mariées (peut-être même avec le mari qui se fait un trip de voyeuriste). Par contre, qu’une femme célibataire ose le faire d’elle-même, c’est beaucoup moins probable : ce serait extrêmement risqué pour elle et sa réputation, sans compter tous les tabous à briser (relation à l’argent et au pouvoir, indépendance de la femme, liberté sexuelle, coucher avec un homme d’un rang social inférieur, coucher pour le plaisir plutôt que pour procréer, tabou religieux…). Prendre un amant parmi les hommes de son milieu était probablement beaucoup plus accessible. Mais c’est juste un avis personnel, je n’ai pas de source précise pour étayer ça.

      Et pour finir avec le sujet des enfants, c’est deux poids, deux mesures selon le rang social. La mentalité bourgeoise qui apparaît au XIXème fait de la famille le centre de l’univers, autour d’enfants qui sont la prunelle des yeux de leurs parents, et avec cette vision de l’enfance comme une période bénie d’innocence et de douceur qu’il faut protéger. Tandis que les enfants de travailleurs sont surtout là pour trimer le plus tôt possible et n’ont pas beaucoup de valeur tant qu’ils ne rapportent un peu d’argent… Un autre bon sujet d’article, ça !

  8. Bonjour,
    non seulement vos articles sont passionnants mais en plus vos réponses aux commentaires sont toujours documentées et soignées!
    bravo!
    en réponse à la question de savoir si certaines actrices pouvaient refuser de « s’allonger », la grande différence avec maintenant c’est qu’il s’agissait de survie matérielle directe. Dans nana de Zola, il y a un très bon dialogue avec un directeur de théâtre, qui répond, quand on lui parle de son théâtre:  » Mon théâtre? vous voulez dire mon bordel? » et il explique qu’il paie trop peu ses acteurs (hommes comme femmes) pour qu’ils s’en sortent sans coucher. De plus, avoir des actrices clairement définies sur ce point attire la clientèle masculine.
    Pour le cas des petits « rats » de l’Opéra, il faut lire l’excellent roman de Camille Laurens: « La petite danseuse de quatorze ans ». Il est clair que l’Opéra de ¨Paris était un vivier pour les messieurs en haut de forme cherchant de la chair très très jeune. Et idem, la survie de la petite fille et même de sa famille entière, exigeait ce tribu. Très peu en réchappaient.
    En faisant des recherches pour ma trilogie, comme mon personnage principal était courtisane, je suis tombée sur une info dont malheureusement je ne retrouve pas la source (peut-être l’avez-vous vue passer?) qui disait que sous la 3e République, plus de 50 % des femmes se « prostituaient ».
    Mais Simone de Beauvoir elle-même, en 1949, explique comment dans les milieux ouvriers les femmes « honnêtes » étaient obligées de monnayer occasionnellement leur corps à la fin du mois auprès du voisinage, pour boucler leur budget…

    1. Merci ! 🙂 Oui, comme tu le dis si bien (on peut se tutoyer ?), à leur époque c’était une question de survie matérielle directe. Sans aucun filet social, on n’avait rien si on ne travaillait pas, et on n’avait pas toujours grand chose même en travaillant… De plus, les métiers du spectacle misaient beaucoup sur les belles filles pour attirer le public (ça n’a pas changé), alors la frontière était mince entre le client qui vient admirer l’artiste et celui qui est prêt à payer pour en avoir plus.

      Pour les petites danseuses, la plupart d’entre elles avaient un « protecteur » ou un « admirateur » (voire plusieurs). Les ballets faisaient souvent la première partie d’un autre spectacle principal, et c’est comme ça que Richard Wagner s’est fait huer par les Parisiens la première fois qu’il est venu donner un de ses opéras (je crois que c’était « Tannhaüser ») : non pas parce que les gens n’aimaient pas sa musique, mais parce que son opéra était trop long et que par conséquent il avait fait supprimer la première partie. Frustrés de ne pas pouvoir admirer comme d’habitude les jolies gambettes de leurs petites protégées, les hommes du public ont boudé le spectacle, ont envoyé bouler Wagner, et le show a été une catastrophe…

      Pour ce qui est du 50% de femmes qui se prostituaient, je ne sais pas trop dans quelle mesure c’est fiable ou si c’est aussi une façon d’enfoncer le clou en exagérant. Par contre, se dire que 50% des femmes de l’époque ont couché pour de l’argent ou un cadeau au moins une fois dans leur vie, ça me paraît tout à fait plausible, oui.

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