Gentleman Jack : féminité et homosexualité à l’époque victorienne


- Époque Régence, - Époque victorienne / mercredi, juin 26th, 2019

J’ai suivi fidèlement les épisodes de Gentleman Jack, sur HBO, ces dernières semaines, et je suis tombée amoureuse du personnage, de la série, des costumes… C’est bourré d’émotions en tous genres, j’ai beaucoup ri, me suis beaucoup indignée, et j’ai même pleuré ! Bref, cette histoire m’a touchée pour plein de raisons et j’avais très envie de vous partager ça.

(j’ai également vu le téléfilm de 2010, j’en parle un peu plus bas)

Anne Lister et Ann Walker, dans la série télé "Gentleman Jack" (HBO, 2019)

Je précise aussi que j’assume sans problème le discours à tendance féministe que je peux tenir parfois sur ce blog. Je ne m’associe à aucun courant de pensée féministe, je ne suis pas activiste, je n’ai jamais lu Simone de Beauvoir (j’ai lu d’autres trucs, par contre) et je n’approuve pas nécessairement la virulence de certains de ces groupes. Mais, bordel !, ça me fout en rogne quand je vois ce qu’on a toujours imposé aux femmes sous prétexte qu’elles sont… des femmes. Est-ce qu’on ne pourrait pas, un jour, parler enfin d’êtres humains, plutôt que de toujours tout diviser en deux ?

Tout ça pour dire que j’ai une affection et un respect particuliers envers celles qui se battent vaillamment pour briser le carcan dans lequel elles sont nées, qui restent fidèles à elles-mêmes et vivent leur vie comme elles l’entendent. Avant même de commencer, je savais que j’allais adorer cette série, et ça n’a pas loupé…

Alerte ! Alerte ! Cet article va parler de milliers de choses et être immensément long ! 😉


Anne Lister, une femme très en avance sur son temps

La vraie “Gentleman Jack”

I love and only love the fairer sex
And thus beloved by them in return.
My heart revolts from any other love than theirs.

J’aime les personnes du beau sexe, et uniquement elles,
Ainsi que celles qu’elles aiment en retour.
Mon coeur se révolte à l’idée d’un autre amour que le leur.

(Anne Lister, 1821)

Anne Lister (par Joshua Horner, 1830)

Anne Lister est née en 1791. Elle est donc contemporaine de notre Jane Austen fétiche et a vécu les débuts de l’époque victorienne.

Elle est issue de la gentry, sa famille possédant le confortable domaine de Shibden Hall, près de Halifax (Yorkshire). Mais malgré ces origines honorables, qui faisaient d’elle un bon parti, elle ne se mariera jamais.

Anne est éduquée. Elle s’intéresse à tout, voyage un peu partout en Angleterre et en Europe, et elle tient des carnets intimes, où elle raconte sa vie, et dont elle rédige certaines parties dans un langage codé qu’elle a inventé. À 35 ans, elle prend la tête de Shibden Hall (elle en deviendra la propriétaire légale 10 ans plus tard), qu’elle fait prospérer notamment en y exploitant des mines de charbon. Voyez ici, j’en parlais déjà un peu.

C’est la fortune familiale qui lui permet d’avoir ce style de vie indépendant, très inhabituel pour l’époque. Car Anne fait beaucoup jaser… À Halifax, elle est l’excentrique de service : elle s’habille tout en noir, gère ses affaires avec poigne, multiplie les amitiés féminines dont on se doute qu’elles ne sont pas que des amitiés. Bref, elle se conduit comme un homme, raison pour laquelle on la surnomme “Gentleman Jack” – et ce n’est pas un compliment ! Pas étonnant qu’elle voyage beaucoup : ça devait l’aider à oublier pour un temps les médisances qui couraient sur son compte !

Première lesbienne moderne

En Angleterre, elle est connue aujourd’hui pour son oeuvre littéraire, ces fameux carnets intimes qui racontent son quotidien, ses affaires, ses ambitions, les évènements qu’elle traverse, et surtout les hauts et les bas de ses amours féminines. Elle y parle ouvertement de sa sexualité et des orgasmes (plus ou moins bons 😉 ) qu’elle avait avec ses amantes, mais aussi tout simplement de ses histoires de coeur et de sa quête d’une partenaire pour la vie.

C’est ce témoignage sur ses pensées les plus intimes et sa perception de son époque qui lui valent d’être considérée comme la “première lesbienne moderne”.

Notez qu’elle n’a jamais eu la moindre intention de faire publier tout ça : c’est bien après sa mort que ses carnets ont été découverts.

Mais Anne est aussi une exploratrice : en France, elle est connue pour avoir été la première femme à réussir l’ascension du Vignemale, un des sommets mythiques des Pyrénées. C’est d’ailleurs au cours d’un voyage dans les montagnes du Caucase qu’elle mourra d’une fièvre, à 49 ans.

Avec un destin pareil, pas étonnant qu’on en ait fait un personnage de film !


Le téléfilm de 2010, avec Maxine Peake

Si ça vous intéresse, vous trouverez sur Viméo le téléfilm The Secret Diaries of Miss Anne Lister (en v.o.), qui raconte une tranche de vie de Anne Lister, basée sur ses écrits.

Anne Lister (Maxine Peake), au centre, entourée de ses différentes soupirantes. En jolies robes Régence, donc. Bizarre.

C’est intéressant, mais pas enlevant, et la fin arrive comme un cheveu sur la soupe. De plus, la chronologie du téléfilm n’est pas très claire : tous les costumes sont typiquement Régence alors que les évènements racontés se sont déroulés vers 1832, soit au début de l’époque victorienne où la mode avait énormément changé. Et puis… sans être mauvais, le téléfilm n’a clairement pas l’énergie et le dynamisme de la série télé.

Bref : pas vilain, mais si je l’avais vu en premier, je n’aurais certainement pas eu un coup de coeur pour le personnage. Je vous conseille de regarder plutôt la série !


La série télé de 2019, avec Suranne Jones

10/10, sur le fond comme sur la forme !

Quelle excellente série !

Ça bouge, c’est drôle, c’est touchant, et ça offre un exemple qu’on ne voit pas assez souvent : celui d’une femme forte, qui ose vivre à sa façon, sans dépendre de personne, et encore moins du regard des autres. Ce que j’apprécie le plus, dans ce personnage, c’est qu’elle se sait différente – pas juste dans sa sexualité, mais dans toute sa personnalité – et elle s’assume pleinement.

Et c’est là l’énooooooorme écart avec le téléfilm : Anne est intelligente, cultivée, indépendante, curieuse, aventureuse, volontaire, courageuse, provocante, conquérante, affectueuse… Elle intrigue et charme tout le monde car elle a beaucoup de choses passionnantes à raconter, un sourire plein d’enthousiasme et de l’énergie à revendre. On sent qu’elle attire et fascine son entourage.

Un foutu beau portrait de femme libre, brillamment interprété par Suranne Jones !

Il faut dire aussi qu’à l’époque où se déroule la série (1832-1834), Anne a déjà 41 ans. Elle a baroudé un peu partout en Europe, et vu et vécu beaucoup de choses. Ça apporte une maturité qu’on ne voit pas si souvent (quoi ! une héroïne qui n’est ni la jeune sexy, ni la vieille fille désespérée, ni la mère dévouée ?), et ça fait du bien ! 😀

À propos du masculin / féminin

Dans la série comme dans la vraie vie, Anne Lister portait des longstays de ce genre (sorte de corset Régence rigidifié au milieu par une baguette en bois, j’en parlais ici).

Le générique de début montre Anne en train de s’habiller, mélangeant sans complexe les vêtements d’homme et de femme, comme par exemple un corset de type long stays, qu’elle porte avec des caleçons d’homme. Et comme le travail du costumier de la série repose en grande partie sur les description précises fournies par Anne dans ses carnets, ça ne sort pas de nulle part.

Je voudrais juste souligner que malgré ces vêtements, Anne ne cherche jamais à se faire passer pour un homme : tout au long de la série, elle continue de s’affirmer en tant que femme. Elle ne fait que transgresser et jouer avec les codes masculin/féminin, un peu comme pour refléter sa personnalité de fonceuse/sensible.

Il faudrait que je prenne plus de temps pour développer (nope ! mon article est déjà bien assez long comme ça !), mais je voudrais juste préciser une chose : endosser des attributs masculins ne signifie pas qu’on renie sa féminité, qu’on se masculinise pour mieux se mettre en couple avec une autre femme. Au contraire, c’est plutôt une façon de s’approprier les valeurs traditionnellement appliquées aux hommes (liberté, force, autonomie…)

APARTÉ : Pffff !!!… Mépris total ! Comme si les valeurs humaines devaient absolument être genrées ! Comme si tous les hommes étaient obligatoirement fonceurs, et les femmes forcément sensibles et délicates !

Mais non, il ne faut pas que je me lance sur ce sujet, sinon je vais encore m’énerver toute seule… 😉 Allez plutôt lire ce que j’ai écris à propos de ce stupide prince charmant, ici !

En faisant ça, Anne ne cherche donc pas à se transformer en homme : elle ne fait qu’affirmer sa féminité en prenant de force l’indépendance et le libre-arbitre que la société lui refuse.

C’est ça, une femme forte !

(bordel !) 😉


La vision des Anglais sur le saphisme

Religion et populationisme

Au début du XIXe, en Angleterre, la perception de l’homosexualité par le grand public est plutôt rigide, d’autant plus que tout est mélangé. Rapports sexuels entre personnes consentantes du même sexe, ou bien avec des enfants, ou encore avec des animaux… Pouf ! On a mis tout ça dans le même sac, avec l’étiquette “relations contre nature”, et on a fait une loi pour les interdire, en 1553 (ouaip, ça ne date pas d’hier !). Qu’est-ce qu’on risque, comme punition ? La mort. Rien de moins.

De plus, comme la religion et la société ordonnent aux êtres humains de se reproduire, toute pratique sexuelle volontairement infertile est à proscrire. Dans les mentalités (et c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui, même si ça évolue lentement), on considère qu’autoriser l’homosexualité ce serait risquer le déclin de l’espèce humaine, puisque ces couples-là ne peuvent pas produire d’enfants.

NOTE : Il est vrai qu’avant l’amélioration considérable de l’hygiène, des conditions de vie et de la médecine, la mortalité infantile était extrêmement élevée. Ce n’était pas si simple de renouveler les générations, c’est pourquoi ce discours populationniste est compréhensible. En tout cas, jusqu’à un certain point.

ENCORE UN APARTÉ : La question de la procréation est au coeur des civilisations humaines, et ce, depuis des millénaires.

C’est un trop vaste sujet pour que je l’aborde ici, mais je vous donne quand même quelques pistes :
– c’est ce qui fait qu’on cherche à contrôler le corps des femmes pour s’assurer d’avoir une descendance
– ça participe au tabou des menstruations (je vous renvoie vers l’article à ce sujet, ici)
– c’est une des raisons pour lesquelles les femmes sont diabolisées dès lors qu’elles cherchent à contrôler les naissances, par la contraception ou l’IVG, ou bien qu’elles sont trop vieilles pour être fertiles. L’image de la sorcière, c’est ici qu’elle prend sa source

Mais… hop-hop-hop ! Je referme cette porte tout de suite avant de m’épancher là-dessus…

Alerte ! Alerte ! Il y a beaucoup trop de sujets de fond, dans cet article ! 😉

L’homosexualité et la loi anglaise au début du XIXème

  • Pour les hommes

Comme les gens manquent cruellement d’imagination, relation sexuelle signifie pénétration. Ce sont donc les hommes qui sont visés et qui risquent leur vie. Être pris en flagrant délit de sodomie avec un autre homme vous mène illico à l’échafaud, car on applique toujours la loi de 1553.

Cette loi ne sera modifiée qu’en 1861. À partir de là, l’homosexualité n’est peut-être plus digne de la peine capitale, par contre c’est toujours un crime ! Parlez-en à Oscar Wilde, qui, en 1895, a pris 2 ans de prison et des travaux forcés. La vie des homosexuels reste donc dans l’ombre et l’illégalité.

Il y a encore du chemin à faire… *soupir*

  • Pour les femmes

DÉTAIL EN PASSANT : le mot saphisme est dérivé de Sappho, une poétesse grecque de l’Antiquité, qui était entourée d’ “amies” à qui elle dédiait des poèmes passionnés. Elle vivait sur l’île de Lesbos, qui a donné le mot lesbienne.

Pour les femmes, c’est très différent, puisque sans pénis, point de pénétration, donc pas de “vrai” rapport sexuel (n’est-ce pas ? hum…).

On se doute bien qu’entre femmes il peut se passer des choses, mais ça semble moins choquant et surtout ce n’est pas réprimé par la loi. Et puis, les femmes sont déjà le sexe faible, elles sont par nature douces, sensibles, fragiles et influençables, et elles n’ont pas de force virile à perdre dans des relations avilissantes… Et gna gna gna…

Le Boston marriage

The Ladies of Llangollen, 1819.
Eleanor Butler et Sarah Ponsonby vécurent ensemble pendant 50 ans, et leur style de vie fut considéré comme tellement scandaleux que ça les rendit célèbres dans tout le Royaume-Uni. Il n’est pas absolument certain qu’elles avaient des relations sexuelles, en revanche il s’agissait bien d’une relation amoureuse.

J’ironise, mais je reconnais que, même s’il s’agit encore d’une vision phallocrate des femmes, au moins ça les a mises à l’abri des ennuis. En tout cas, des ennuis juridiques… Parce que la censure sociale, elle, est toujours bien présente, et il n’est pas question que deux femmes vivent sous le même toit si on les soupçonne d’entretenir plus que de l’amitié.

Et puis… rappelez-vous : à cette époque, le seul destin d’une femme, c’est d’épouser un homme qui puisse subvenir à ses besoins matériels. Alors comment deux femmes célibataires feraient-elles pour vivre ? Une situation qui poussait la plupart des lesbiennes à se marier, et à vivre ensuite leurs amours dans la clandestinité.

Contre toute attente, quelques rare privilégiées, issues de milieux aisés, ont réussi à vivre ensemble, sans homme pour les soutenir financièrement. Ça a même porté un nom : le Boston marriage. Les Dames de Llangollen (ouvertement admirées par Anne Lister, d’ailleurs) en étaient l’exemple le plus célèbre au début du XIXème.

Le travestissement en homme

En 1807, un certain James Allen épouse une Mary Naylor. En 1829, il meurt d’un accident de travail et c’est en examinant son corps qu’on découvre la supercherie : “James” est en réalité une femme, Abigail Allen.

Les moins riches trouvèrent elles aussi une astuce : se travestir en hommes, afin de pouvoir travailler et épouser d’autres femmes. Elles vivaient ainsi leur amour en paix, cachées derrière une apparence de couple hétéro conventionnel. On les appelait les Female Husbands (les “maris-femmes”).

Il existe quelques cas reconnus, comme celui d’une Mary Hamilton, qui s’est mariée plusieurs fois avant que sa fraude soit découverte et qu’elle ne soit condamnée. Ce n’est pas très clair si elle faisait ça pour abuser de ses épouses et leur soutirer de l’argent, ou bien s’il s’agissait simplement de diverses tentatives de mettre en place un couple lesbien durable.

Aux yeux de la loi, ce genre de mariage n’a, bien entendu, aucune valeur. Mais encore pour cela faudrait-il se faire prendre ! Car on ne saura jamais ce qu’il est advenu de toutes ces femmes qui ont réussi à maintenir leur identité cachée jusqu’au bout (et ce n’est pas aussi fou que ça, à une époque où la gestion administrative des populations est franchement aléatoire, et les fraudes faciles, j’en parlais déjà ici).

UN FILM À VOIR : Cette recherche de l’amour à travers le travestissement en homme, c’est le sujet du très touchant Albert Nobbs, sorti en 2011. Albert est en réalité une femme lesbienne, qui, à l’époque victorienne, rêve de construire un foyer avec une petite épouse pour vivre une vie “normale” et mettre un terme à sa solitude.

Dans Albert Nobbs, Glenn Close (à gauche) est excellente, mais j’ai un coup de coeur particulier pour Janet McTeer (à droite).

Enfin, il faut préciser : les femmes ne se travestissaient pas QUE dans l’optique de vivre des relations lesbiennes. Certaines le faisaient par nécessité financière (autrement dit pour trouver du travail), d’autres pour aller à la guerre par patriotisme, d’autres pour accéder à des activités et des savoirs réservés aux hommes… Je vous laisse vous renseigner, par exemple, sur la vie fascinante de James “Miranda” Barry, une travestie devenue médecin en 1812, époque où la pratique de la médecine était interdite aux femmes.


En conclusion

Pour moi, Gentleman Jack va bien au-delà du portrait d’une homosexuelle qui cherche à vivre ses amours à une époque où ça lui est interdit. Ramener constamment Anne Lister au tabou de son orientation sexuelle serait réducteur, ce serait ignorer tout ce qu’elle a pu réaliser d’autre, toutes les facettes qui faisaient d’elle un individu unique.

Alors oui, on peut l’admirer en disant : “La première lesbienne moderne ! Quelle femme de caractère, c’est fantastique !”, n’empêche que, ce que j’y vois, moi, c’est une femme-tout-court qui se bat pour rester authentique, fidèle à ses valeurs. Elle ne correspond pas au modèle traditionnel de son époque, elle ne rentre pas dans les cases, et elle exige de pouvoir être simplement elle-même, vivre selon ses goûts, avec ses joies et ses peines.

Gentleman Jack est une série créée par une femme (Sally Wainwright), et ça se sent. Au delà du message de tolérance et des questionnements légitimes sur “Mais alors, comment ça se passait, l’homosexualité, avant ?”, son grand atout est d’offrir à nos gamines en recherche de modèles, celui d’une femme forte, qui assume jusqu’au bout sa différence, quitte à aller à contre courant. Nous pouvons toutes nous reconnaître en elle dans ce besoin d’être aimées pour nous-même, et dans ces conflits que nous vivons face aux moules standardisés auxquels on nous invite sans cesse à nous conformer.

Des modèles comme Anne Lister, il nous en faut encore plus ! 😀

SOURCES :
Wikipédia – Anne Lister
Wikipédia – Vignemale
The Sunday Times – Gentleman Jack, a biography of Anne Lister
Frock Flicks costume movie reviews – Gentleman Jack
Frock Flicks – Interview with “Gentleman Jack” costume designer, Tom Pye
Wikipedia – Timeline of LGBT history in United-Kingdom
Wikipedia – History of cross-dressing
Female husbands in the 19th century
Wikipedia – Boston marriage

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15 réponses à « Gentleman Jack : féminité et homosexualité à l’époque victorienne »

  1. Je suis contente d’avoir découvert ce blog et accessoirement cet article.
    Je suis complètement admirative de la série aussi du personnage que je ne connaissais pas et surtout de l’actrice qui donne une force époustouflante et bien au delà d’une histoiree d’homosexualité enfin c’est mon ressentie
    Je tenais à dire que l’article est très complet et intéressant..

    1. Bonjour Marie, et bienvenue ! 🙂 Oui, je suis devenue fan aussi, Suranne Jones joue son personnage avec une énergie contagieuse, c’est vraiment inspirant !

      Je pense effectivement que ça va bien au delà d’une histoire d’homosexualité : c’est une des dimensions d’Anne Lister (et c’est important d’en parler pour le normaliser), mais c’est loin d’être la seule. Même si elle avait été hétéro, elle aurait quand même être une excentrique pointée du doigt, car son côté aventurière, indépendante et fonceuse n’était pas du tout valorisé pour une femme à son époque. Et ça ne l’est toujours pas tellement, de nos jours, où on s’étonne encore que les femmes fassent toutes seules des trucs “d’hommes” (voyager, bricoler, acheter une maison, devenir entrepreneure, démarrer et gérer des projets de A à Z…). C’est pour ça que c’est important de montrer des exemples comme elle pour nous inspirer, nous 🙂

      J’espère que tu trouveras d’autres articles à ton goût sur ce blog, et je te souhaite une bonne lecture !

  2. Je pense que vous devriez aimé aussi dans ce cas le film : ” La reine-garçon” et ce, tiré de l’histoire vrai de la reine de Suède. A moins que vous ne le connaissiez déjà 😊.

    J’aime cette façon de voir, pour moi il n’y a pas à savoir pourquoi elle est comme ça, elle est elle-même et c’est tout. On se sent il et elle à la fois, alors pourquoi choisir, on fait juste transparaître ce qui résonne.

    Malheureusement, la société d’aujourd’hui est parfois bien plus intolérante qu’avant et surtout en besoin de poser toutes ces étiquettes en permanence.

    L’humain crie à la liberté mais à besoin de ces cases pour se sentir rassuré et celui qui en sort, qu’on ne sait pas où mettre dérange. Alors on le met là où on en a envie et tant pis si ça ne va pas.

    Pour moi,l’ important est d’être ce que l’on est au fond de soi mais pas toujours évident de le savoir vraiment finalement.

    Je regarderais cette série si j’en ai l’occasion. J’espère aimé autant que j’ai aimé la reine-garçon, j’étais passionnée en regardant ce film.
    Une reine qui débarque, qui proclame la littérature et la paix, se rapprochant d’une femme de surcroît. Mais le plus étonnant était que finalement pour son entourage le plus dérengeant était qu’avec une femme elle ne pourrait pas avoir d’héritier, ce n’était pas tant l’homosexualité en elle même. Mais plutôt les “besoins du royaume” quand à la succession… Et elle y remédie avec un coup de maître à la fin du film, et donc dans la vie réelle.
    Un personnage haut en couleur qui se bat pour ses valeurs, c’est ce que j’aime. Et le tout dans la deuxième partie de xv ieme siècle.

    Quand à ce personnage-ci de cette série, effectivement c’est troublant d’avoir un personnage plus âgé que d’ordinaire. Mais pas moins intéressant.

    Une série à découvrir, si j’en ai l’occasion…

    1. Bonjour Mel (on peut se tutoyer ? 🙂 ) Merci beaucoup pour la référence du film “La reine-garçon”, que je ne connaissais pas du tout ! J’avais entendu parler de la vie hors-normes de Christine de Suède, mais pas du film. Je vais me débrouiller pour le voir, il a l’air superbe (en plus la comtesse Ebba est jouée par une actrice que j’ai découvert récemment et qui m’a impressionnée). Bref, ça a l’air vraiment bien ! Et c’est certain que si, toi, tu as aimé “La reine-garçon”, tu devrais aimer aussi “Gentleman Jack”.

      Je suis d’accord avec toi au sujet des étiquettes : c’est rassurant pour la société de mettre les choses et les gens dans des cases, mais il faudrait arrêter d’avoir peur de ceux qui décident de faire un peu autrement… Et c’est vrai qu’on ne sait pas toujours soi-même ce qu’on est et ce qu’on veut vraiment, c’est le temps et la maturité qui nous permettent de le découvrir. C’est pour ça que j’apprécie vraiment de voir une héroïne belle et intéressante de 40 ans, pour apporter une nouvelle perspective ! Au XIXème, les femmes de plus de 35/40 ans étaient dénigrées, comme si leur vie “intéressante” était terminée (encore une histoire de procréation, tiens), et c’est toujours pareil à notre époque. Alors ça fait du bien de bousculer un peu tout ça.

      Mais je reparlerai de l’âge dans un autre article, c’est encore un gros sujet ! 😉

  3. Je laisse un message général pour te dire que j’ai découvert ton blog depuis peu (grâce au forum “The Inn at Lambton”) et que j’ai dévoré tous tes articles sur l’Angleterre. C’est tellement instructif et passionnant ! Tous les événements d’une vie y sont abordés, des plus classiques aux originaux, et tu ne négliges aucun aspect qui pourrait être considéré comme trivial par la “grande” Histoire. C’est tout ce que j’aime dans l’histoire, et en particulier pour les périodes que tu décris, pour lesquelles je me suis prise de passion suite à mes lectures de Jane Austen et des sœurs Brontë. Merci vraiment pour tout, ton blog est exactement ce que je cherchais quand il me prenait l’envie de faire des recherches sur les sociétés georgienne et victorienne.
    Continue comme ça surtout <3 !

    1. Ah et aussi, merci pour toutes ces réflexions personnelles que tu apportes sur les œuvres de Jane (comme le fait que M.Darcy n’est pas un prince charmant, c’est exactement mon opinion !), et les touches féministes que tu glisses régulièrement dans tes cmmentaires. Il n’est pas nécessaire d’être d’un courant particulier pour être féministe et c’est très important, voire nécessaire, d’aborder certains sujets historiques sous ce prisme : on ne peut pas faire l’impasse dessus, étant donné les rôles très rigides et séparés dévolus aux deux sexes. Je suis heureuse de lire les réflexions de quelqu’un qui a conscience de cette importance.

      1. Salut ! Et merci pour tous ces compliments, ça fait chaud au coeur ! Je suis comme un poisson dans l’eau, avec ce blog, puisque j’explore tous ces sujets depuis plusieurs années via mes bouquins (et mes goûts personnels), et je suis contente de voir que ça plaît et que c’est utile à beaucoup d’entre vous !

        Et oui, c’est certain que mes articles sont tous plus ou moins teintés de féminisme (ça dépend du sujet), puisque mes romans le sont également. Tu as sûrement déjà compris que je n’étais pas une adepte des héroïnes en détresse systématiquement sauvées par de beaux ténébreux ! (mais je n’ai rien contre les beaux ténébreux, en soi, cela dit… 😉 ). Et tu as tout à fait raison : inutile de s’associer à un groupe ou un autre pour se sentir légitime à en parler !

        1. Je t’en prie, un travail pareil c’est pas courant sur internet, et disponible en français en plus ! Je me débrouille en anglais mais c’est pas la folie non plus donc j’apprécie tes articles à leur juste valeur XD
          Tiens tu me donnes même envie de lire ton livre alors que les austeneries c’est niet pour moi en temps normal, rapport au fait que ce que j’aime chez Jane c’est son incroyable plume. Mais avec toute la valeur ajoutée que représente ta justesse historique, ça change la donne.

          Haha, j’ai horreur de ça, et je me suis tapé la lecture d’Udolphe, le roman que lit Catherine dans Northanger Abbey : je déconseille fermement, je comprends pourquoi Jane tacle le livre dans son récit x). Par contre un beau ténébreux comme, au hasard, Colin Firth en Darcy, là je n’ai absolument rien contre…
          😉

          1. Pour ce qui est des austeneries, ce que je déteste, perso, ce sont les rebondissements à n’en plus finir et les invraisemblances totales (je ne parle pas des anachronismes ou du non respect du contexte historique, ça c’est encore autre chose). Les histoires de meurtre, de trahison, d’espions, les intrigues dans l’entourage du Roi (pardon ? depuis quand la gentry fréquente la Cour ?), les scènes de sexe débridé, les fugues, les sauvetages, les mélodrames à n’en plus finir… Je viens de lire le résumé d’Udolphe, et ça a l’air de ressembler à ça, non ? Pas étonnant que Jane Austen s’en soit moquée : elle écrivait des romans réalistes, pas des épisodes des “Feux de l’Amour” !

            Alors je sais bien qu’il en faut pour tous les goûts, mais ce ne sont pas les miens, et ce n’est sûrement pas ça que tu trouveras dans “La renaissance de Pemberley”. Un des plus jolis compliments qu’on m’ait fait, c’était d’ailleurs : “Quand même… Tu racontes une histoire où il ne se passe rien !” Ben non, il ne se passe rien d’extraordinaire, pas d’action, pas de cliffhanger, pas de suspense insoutenable : juste la vie quotidienne et l’évolution des personnages qui apprennent à vivre ensemble. 😉

            1. Désolée de ne te répondre que maintenant, j’ai eu une semaine assez chargée ^^’
              Exact, je veux bien croire que tout le monde ne mène pas des recherches aussi poussées que toi sur cette société, mais ce qui me plaît chez Jane ce sont ces “menus riens”, que je trouve tellement délicats et raffinés. Forcément, sans la culture qui va avec ça n’a aucun intérêt et il ne reste que les péripéties qui n’ont absolument rien d’austenien. Encore que je parle des austeneries par ouï-dire, car je n’en ai lu qu’une seule de Syrie James, pas mauvaise, mais pour les autres, en tout cas les quelques-unes qui existent en français, j’ai lu des commentaires assez détaillés pour en conclure que ce n’était pas pour moi.

              Udolphe est totalement ça, on est à fond dans les clichés qu’elle raille dans Northanger Abbey, et qui ont d’ailleurs été extrêmement bien intégrés dans l’adaptation de 2007. Mais le pire pour moi ce n’était pas ça, d’autant que l’histoire est censée se passer au 16ème siècle en France et en Italie, c’est plutôt de dégoulinement écoeurant de bons sentiments, de pureté et de naïveté. Pour moi c’est impossible à apprécier après une piquante Lizzie Bennet ou une forte Jane Eyre. Le personnage féminin principal est encore plus “moral” et irréprochable que Fanny Price. Perso j’ai aimé l’intrigue et les mystères mais ça n’a pas suffi à compenser le style surabondant et les personnages cousus de fil blanc.

              Je pense que quand on aime une certaine qualité de littérature, on ne peut pas vraiment aimer ces austeneries que tu décris. Elles peuvent être appréciées dans une certaine mesure, un moyen de se vider la tête, mais c’est plus un plaisir “coupable” qu’autre chose. Comme ce qu’est Twilight pour moi. Je suis totalement consciente de la qualité très médiocre des romans mais c’est ma seule “légèreté” si je puis dire. Je ne critique pas les lecteurs qui aiment, mais ce ne sont absolument pas de bons livres, à mon humble avis ^^.
              Et je comprends que tu prennes ceci pour un compliment, après tout ne s’agit-il pas du sujet d’écriture de Jane ? Cette vie de campagne tranquille, faite de menus événements de la vie dans un escalier et où le plus palpitant est un bal de campagne ? Moi j’adore <3

              1. En effet, tout le plaisir de Jane Austen est dans la description de la vie quotidienne de son époque. J’en avais fait un article, ici https://www.liseantunessimoes.com/la-petite-vie-ordinaire-selon-jane-austen/

                Pour ce qui est des autres austeneries, je n’en ai pas beaucoup lu (surtout si “La mort s’invite à Pemberley” et “Orgueil et préjugés et zombies” sont adaptés en film : j’ai beaucoup de plaisir à les regarder, moins à les lire). Par contre, j’ai lu de nombreux extraits d’austeneries, grâce aux aperçus d’Amazon, pour me faire une idée de ce que racontent les auteures et de leur style d’écriture.

                La popularité de Jane Austen a en partie déformé son oeuvre et ses idées à elle (en tout cas, c’est mon impression). On en a retenu une partie, bien sûr, mais le reste est passé à la trappe. Je suis toujours surprise, par exemple, de voir que la ville de Bath s’est totalement approprié Jane Austen, alors qu’elle-même a répété plusieurs fois à quel point elle détestait cette ville ! Paradoxal, non ? 😉 Alors c’est sûr que si elle voyait les aventure abracadabrantesques qu’on fait vivre à ses personnages, elle serait choquée… Je suppose que cette déformation, c’est le prix à payer pour un auteur quand son oeuvre est devenue si appréciée qu’elle lui échappe (mais il y a trop de choses à dire là dessus, je me garde ça pour en faire un article plus tard ! 😉 )

                1. Je l’ai lu avec plaisir, tout comme tous les articles de ton blog en fait XD et il faudra que j’en relise certains pour bien imprimer d’ailleurs. En tout cas c’est précisément ça que j’adore chez Jane <3

                  Je suis d'accord, les dérivés passent beaucoup mieux en film, d'ailleurs j'ai adoré Coup de foudre à Bollywood et Orgueil et préjugés et zombies, alors que leur équivalent littéraire ne m'aurait sûrement pas accrochée.

                  C'est le signe qu'on passe dans la culture populaire, y'a des bons côtés et des moins bons, mais dans l'ensemble je trouve que c'est bon signe. Peu importe la pire austenerie qui puisse exister, l'oeuvre originale reste là pour être appréciée.
                  Pour Bath je pense que c'est parce que son aversion ne transparaît que dans un seul roman, Persuasion. Dans Northanger Abbey c'est au contraire une destination excitante, et je crois que beaucoup de fans ne connaissent en fait pas très bien sa vie ^^. J'aime imaginer qu'elle prendrait ça avec un flegme britannique, une remarque cinglante et peut-être en tourner une anecdote.
                  J'ai hâte de lire ton futur article 😉

  4. J ai adoré la serie aussi ! L actrice est geniale, elle est vraiment habitée par son personnage ! L ambiance, tout, j adore !!
    J aimerais beaucoup lire ses ecrits !

    1. Ah, je suis contente que la série t’ait plu autant qu’à moi ! 😀 J’ai hâte de voir ce que donnera la deuxième saison (dans un an, je suppose ?)

      Pour les écrits de Anne, c’est vraiment un journal intime, donc c’est au jour le jour : elle raconte ce qui lui tente sur le moment, et ce n’est pas toujours très palpitant. Par contre, pris dans leur ensemble, c’est un témoignage super précieux de comment elle a vécu.

      Tu peux en lire des extraits ici : https://www.amazon.ca/gp/product/1844087190/ref=x_gr_w_bb?ie=UTF8&tag=x_gr_w_bb_ca-20&linkCode=as2&camp=15121&creative=330641

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