Époque georgienne,  Époque Régence

Les titres de civilité

J’écris des romans historiques parce que j’adore l’Histoire. Se transposer dans une époque passée et révolue, c’est quelque chose qui éveille l’imaginaire tout en donnant des pistes de compréhension sur notre passé et notre époque moderne.

Mais utiliser une culture qui n’est pas la nôtre au départ, c’est une coche de complexité supplémentaire et ça vient avec un paquet de questions…

Ne te casse pas autant la tête ! On s’en fout : c’est juste une histoire !

Mmmmmmouais… Non, ce n’est pas juste une histoire, surtout pour l’auteur qui y met ses tripes et des centaines d’heures de son temps. Et vous allez voir que je suis plutôt pointilleuse quand il s’agit de faire correctement les choses qui me passionnent. Disons que mon niveau d’exigence égale mon niveau d’enthousiasme !

Alors quand je me suis attaquée à La renaissance de Pemberley, non seulement j’ai voulu rendre justice à l’histoire de Jane Austen, mais aussi à la grande Histoire, et pour ça il a bien fallu que je m’approprie le mieux possible la culture britannique.

Et, croyez-moi, le diable est dans les détails…


Au commencement était… Darcy.

_ Il vaut mieux dire Monsieur Darcy ou Mister Darcy ?

_ Et dans ce cas, j’écris Mister ou Mr. ?

_ Mais alors… je mets un point après Mr. ou pas ?

Je me suis rendue compte que tout était acceptable, qu’Orgueil et préjugés avait été traduite en français de différentes manières (j’ai comparé plusieurs versions) et que ce n’était qu’une question de choix personnel.

Ce sera donc Mr. Darcy pour moi, merci, car je veux rester le plus proche possible de l’original et ça commence par ne pas traduire les noms des personnages.

Mais ce n’était que la pointe de l’iceberg. Parce qu’après cette épineuse (et ô combien cruciale !) question du mister-darcy-avec-un-point est venu tout le reste… Le simple fait de nommer correctement ses personnages pour refléter les usages de l’époque georgienne est en soi toute une aventure et il a fallu que je me renseigne sérieusement pour ne pas faire d’erreurs.


Miss Bennet ou Miss Elizabeth Bennet ?

  • On appelle Miss NomDeFamille l’aînée d’une fratrie. Jane est donc la seule qu’on peut appeler Miss Bennet et jamais Miss Jane. Ce sont uniquement ses soeurs cadettes à qui on ajoute le prénom afin de les distinguer (on peut dire Miss Elizabeth Bennet ou Miss Elizabeth).
  • Par contre, si l’aînée change de nom en se mariant (ou si elle décède), c’est alors la plus âgée des soeurs suivantes qui devient la nouvelle Miss NomDeFamille. C’est pourquoi Caroline est appelée Miss Bingley même si en réalité elle est la deuxième fille de la famille : auparavant, elle était Miss Caroline Bingley et elle est devenue Miss Bingley une fois que sa soeur aînée Louisa s’est mariée. De cette façon, il n’y a jamais deux Miss NomDeFamille en même temps et on évite de les confondre.
  • La même chose s’applique avec les garçons, l’aîné étant Mr. NomDeFamille, et le ou les cadet(s) Mr. Prénom NomDeFamille. Cela dit, ici une confusion est possible entre un fils aîné et son père, qui auront la même appellation.
De gauche à droite : Miss Bennet, Miss Mary Bennet, Miss Lydia Bennet, Miss Elizabeth Bennet et Miss Catherine Bennet… Oui, c’est un peu long à dire 😉

À propos des ladies ?

  • La mère de Darcy est nommée Lady Anne. Pas Mrs. Darcy, ni Lady Darcy, non : c’est uniquement Lady Anne ou bien Lady Anne Darcy. Pourquoi ? Parce que Lady Prénom NomDeFamille c’est la façon de l’époque de rappeler poliment que la dame est de sang noble (elle est fille de comte !) même si elle a épousé un homme qui ne l’était pas.
  • Pour sa soeur, c’est pareil, bien que sa situation maritale soit un poil plus compliquée… On sait que Sir Lewis de Bourgh n’était pas noble non plus, mais comme il porte la particule Sir cela signifie qu’il était forcément chevalier ou baronet, des titres accordés par le roi mais qui n’ont rien à voir avec la noblesse. En conséquence, son épouse devrait s’appeler Lady de Bourgh, comme c’est le cas pour Sir et Lady Lucas (Sir Lucas étant chevalier). Mais en ce qui concerne la tante de Darcy, c’est le rang de sa naissance qui prime, car il est bien plus important d’être la fille d’un comte que la femme d’un simple chevalier ! On lui fait donc la même courtoisie que sa soeur et on l’appelle Lady Catherine ou Lady Catherine de Bourgh. (voyez ici pour plus de détails sur ce personnage)
  • Ce terme de Lady s’applique en des cas bien spécifiques, ce qui signifie qu’Elizabeth ne sera jamais une lady de quoi que ce soit, même si ça a l’air élégant…
Lady Catherine, fille de comte, est très à cheval sur les convenances et très fière de ses origines nobles. Il s’agit de ne pas la vexer ! 😉

MILADY : N’utilisez surtout pas Milady  ! Ça n’existe pas en Angleterre, c’est une appellation erronée qu’utilisaient les Français lorsqu’ils s’adressaient à une dame anglaise (une déformation de « My lady »)

Il faut croire qu’eux aussi étaient un peu perdus dans tout ça, à l’époque…


Et chez ces messieurs ?

  • Non titrés, les hommes sont appelés Mr. NomDeFamille. Entre eux, ils s’appellent seulement par leur nom de famille (« Et comment va-t-il, ce cher Bingley? »), tandis que les dames leur donneront toujours du Mr.
  • Si l’homme est un baronet ou un chevalier, la particule Sir apparaît… ainsi que le prénom. On peut dire Sir Lewis ou bien Sir Lewis de Bourgh. Le prénom de l’époux n’apparaît jamais, en revanche, dans le nom de sa femme (on ne dira pas Lady William Lucas, par exemple). Attention, les baronets et les chevaliers ne sont pas des nobles !
  • La particule Lord s’applique à un vrai titre de noblesse (duc, marquis, comte, vicomte, baron), comme l’oncle de Darcy, Lord Fitzwilliam, qui est comte. Là, ça se complique, car on peut utiliser le nom de la famille ou encore le nom de la terre (comté ou duché) auquel cette famille est rattachée. Il n’y a pas de personnage de ce genre dans Orgueil et préjugés, mais il y en a dans d’autres oeuvres de Jane Austen.
Mr. Darcy est très riche, mais il n’est pas noble. On ne l’appellera donc jamais « Lord Darcy » ou « Sir Darcy ».

En conclusion

Vous suivez toujours ? Je l’espère, car vous n’avez encore rien vu !

Je commence ici une petite série spéciale pour détailler certains aspects un peu complexes de la culture de cette époque. Vous trouverez ici un article juste pour les rangs et les titres, la gentry et la noblesse, parce qu’il y a de quoi se perdre…

J’ai également écrit deux articles plus récents et complets pour détailler les classes sociales (ici) et les titres de civilité qu’on appliquait selon le rang social (ici).

NOTE : Je n’étais pas du tout dans le même état d’esprit lorsque j’ai écrit La renaissance de Pemberley sous forme de fanfiction il y a 10 ans. Je n’avais fait aucune recherche historique et je m’en foutais bien : j’étais seulement tombée sous le charme du film.

Ne me jugez donc pas si jamais vous la lisez ! C’est du grand n’importe quoi point de vue cohérence et vraisemblance, par contre je me suis terriblement amusée !

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