Pâques et ses traditions au XIXème


- Époque georgienne, - Époque victorienne / samedi, avril 20th, 2019

Puisque c’est la saison, parlons donc de Pâques. Comment fêtaient-ils ça au XIXème, en Angleterre ?

Hé bien, un peu comme nous, en fait. Les oeufs, les lapins, les crêpes du Mardi Gras, les réunions familiales, tout ça existait déjà… Je vous fais un petit récap’ d’histoire des religions, d’abord ? C’est parti ! 😉


Petite chronologie

Pâques chez les chrétiens

Si vous n’y connaissez absolument rien en religion, je vous la fait courte. Pour les chrétiens, la période de Pâques se déroule en plusieurs étapes :

“Le Christ en croix”, 1874, par Léon Bonnat
  • on commence avec le Mardi Gras, où on fait la fête, on se déguise et on mange beaucoup (surtout des crêpes).
  • le lendemain, c’est le Mercredi des Cendres, premier jour du Carême, qui va s’étendre sur 40 jours. C’est une période de jeûne, d’abstinence, de pénitence et de prière.
  • le Jeudi Saint (soit 4 jours avant Pâques), c’est le soir où Jésus prend son dernier repas avec ses apôtres, qu’on appelle la Cène. Comme il était considéré comme un fauteur de troubles et qu’il s’était mis du monde à dos, il est arrêté pendant la nuit.
  • le Vendredi Saint, Jésus est jugé et condamné. Il vit la Passion, c’est à dire le martyre qui lui fait traverser le chemin de croix puis la crucifixion, jusqu’à ce qu’il meure sur la croix.
  • le Samedi Saint, les chrétiens sont en deuil, le corps de Jésus ayant été mis au tombeau.
  • le Dimanche de Pâques, c’est la Résurrection : le corps a disparu du tombeau et on verra plus tard Jésus apparaître à des disciples. Pour les chrétiens, c’est la preuve qu’il est ressuscité d’entre les morts, prouvant par là-même son statut de Fils de Dieu et rachetant, par le sacrifice qu’il a fait de sa vie, tous les péchés des hommes.
  • Le Lundi de Pâques est un jour férié.

PRÉCISION : Si on appelle “Pâques” la fin de la vie du Christ, c’est parce que ces évènements se sont déroulés lors de la Pâque juive, qui était déjà une fête religieuse.

La Pâque juive, elle, commémore l’exode des Juifs : guidés par Moïse, ils quittent enfin l’Égypte où ils étaient esclaves et s’installent sur la terre qui leur a été promise par Dieu (Moïse qui ouvre en deux les eaux de la mer Rouge, c’est ici que ça se passe).

Une période déjà fêtée par les païens

Maintenant, pour complexifier les choses, rappelons qu’une bonne partie des fêtes chrétiennes actuelles se sont superposées à des fêtes païennes plus anciennes. C’était plus facile à gérer pour les évangélisateurs qui ont progressivement imposé une religion monothéiste inédite sur des territoires où de multiples rites sacrés étaient déjà implantés depuis belle lurette.

En Angleterre, à l’équinoxe du printemps, les Anglo-Saxons fêtaient Éostre, déesse de la lumière et de la fertilité, que l’on peut associer à la déesse germanique Ostara ou encore la déesse romaine Aurore. C’est le retour du printemps après l’hiver, de la lumière après la nuit, de la vie après la mort…

Avril était d’ailleurs appelé le “mois d’Éostre”, et c’est de son nom que dérive le mot Easter, soit la traduction en anglais pour Pâques. Ça sonne comme une exception, d’ailleurs, car dans toutes les autres langues européennes le mot est dérivé du grec (ce qui donne Pâques, Páscoa, Pasqua, Páskir, Pasg, Påske, Pasen, Paskha…).

Si vous ne savez pas encore que les Angles et les Saxons sont des peuples germaniques (autrement dit des vikings) qui ont envahi l’Angleterre quelques siècles après Jésus-Christ, je vous renvoie à l’article sur la tradition de Noël du wassail, ici.


Faire bombance ou faire carême

Les crêpes du Mardi Gras

En Angleterre comme en France, la veille du début du Carême on fait la fête et un gros gueuleton en prévision des jours maigres qui vont suivre. On appelle ce jour Fat Tuesday (Mardi Gras, donc), Shrove Tuesday (le Mardi de l’Absolution, car on en profitait aussi pour se faire pardonner ses péchés avant de commencer le Carême) ou encore Pancake Tuesday (le Mardi des Crêpes).

On y mange des crêpes parce qu’elles sont considérées comme un aliment riche, fait avec une majorité d’ingrédients dont on sera privés pendant le Carême, c’est à dire les oeufs, le lait, le beurre, le sucre…

Les oeufs de Pâques

À Pâques, on décore des oeufs (je précise que ça n’a pas été inventé par les chrétiens : décorer des oeufs, ça existe depuis une éternité et dans de nombreuses cultures). On les teinte en rouge en souvenir du sang versé sur la croix par le Christ, ou alors on les orne de rubans, de dentelles, de motifs peints.

L’oeuf est un symbole de germination, de (re)naissance, de fertilité. Il est parfait pour représenter le Christ ressuscité, ou alors le renouveau du printemps en général, selon qu’on aborde les choses sous un angle chrétien ou païen.

Comme les oeufs sont considérés comme un aliment riche, on n’en mange pas pendant le Carême, par contre on va pouvoir s’en goinfrer après le Lundi de Pâques. C’est la raison pour laquelle cette fête est représentée comme une avalanche d’oeufs : puisque les poules continuaient de pondre, les oeufs s’accumulaient pendant les 40 jours précédent Pâques !

Vers la fin du XIXème, le tsar de Russie voulut aller bien plus loin que de simples oeufs de Pâques peints. Il fit appel au joaillier Fabergé pour lui confectionner un oeuf magnifique, joyau d’orfèvrerie, à offrir à son épouse la tsarine.

Ce qui était au départ un cadeau spontané devint une habitude au fil des ans. 54 oeufs ont ainsi été fabriqués entre 1885 et 1917.

Le lapin de Pâques

Dans la culture anglo-saxonne, c’est le lapin (à l’origine, c’est même plutôt un lièvre) qui apporte les oeufs de Pâques. Tout comme l’oeuf, le lapin est symbole de fertilité (on se demande bien pourquoi… 😉 )

Plusieurs associent directement Éostre avec le lièvre/lapin, mais c’est une affirmation contestée par certains historiens, par manque de preuves. Cela dit, ce lièvre/lapin viendrait quand même d’Allemagne, non pas en raison des vikings et de leur culte à Éostre, mais, plus récemment, à cause des multiples échanges avec les Allemands et les Hollandais, et notamment les mariages royaux.

Des princes ou princesses étrangers ont en effet importé leur culture d’origine à la Cour d’Angleterre, donnant des exemples qui ont ensuite été repris par le peuple. Je pense par exemple au sapin de Noël, une tradition toute germanique elle aussi, importé en Angleterre par la reine Charlotte, épouse allemande de George III (la même dont j’ai parlé ici à propos de son bal de Débutantes) (oui, tout est inter-relié, il ne faut pas se perdre… 😉 ).

PRÉCISION : il n’y a pas de cloches de Pâques en Angleterre, car elles sont issues de la religion catholique (et, souvenez-vous, les Anglais ne sont plus catholiques depuis Henri VIII en 1534, voir ici).

Pendant la Semaine Sainte qui précède Pâques, les cloches des églises restaient silencieuses, en signe de deuil. On disait alors aux enfants qu’elles étaient parties à Rome pour être bénies par le Pape. Le Lundi de Pâques, jour de fête et de joie, elles carillonnaient de nouveau à toute volée, “de retour de Rome” et chargées de friandises.


Un temps de célébration en famille

Une fête en famille

Tout comme les fêtes de Noël, Pâques est une période que l’on passe en famille ou entre amis.

Jane Austen, dans ses lettres ou ses romans, parle souvent de gens qui se rendent visite au moment de Pâques. C’est par exemple à cette période que Darcy se rend à Rosings pour voir sa tante, et qu’il croise Elizabeth venue séjourner chez son amie Charlotte.

C’est aussi, avec le temps, une fête qui s’oriente de plus en plus vers les enfants, avec des activités de peinture ou de chasse aux oeufs.

Enfants en train de peindre des oeufs de Pâques à l'époque victorienne

De plus en plus de réjouissances

Au début du siècle, l’Angleterre était sous l’influence des Puritains, qui voyaient les festins de Pâques d’un très mauvais oeil. Du temps de Jane Austen, les festivités étaient donc assez calmes : on observait religieusement le Carême, puis on faisait un grand repas de famille, avec un gros jambon ou un gigot d’agneau. On pouvait faire cuire les oeufs durs et les teindre en attendant de les manger une fois le Carême terminé, mais une chose est sûre : les friandises n’étaient pas encore de mise. De tout façon, même sans les Puritains pour vous fustiger, le chocolat n’existait que sous forme de cacao en poudre et le sucre restait un produit de luxe…

Easter bonnets

C’est durant l’époque victorienne que cette fête devient plus ostentatoire et gourmande. On organise des chasses aux oeufs, on distribue des sucreries (oeufs en chocolat, bonbons divers), on fait cuire des hot cross buns (brioches avec une croix dessus qu’on mange le Vendredi Saint), on envoie de jolies cartes de voeux… Côté décoratif, les poussins, fleurs, poules, agneaux et autres personnages font leur apparition.

On organisait aussi une procession dans les rues de la ville après la messe du Lundi de Pâques, ce qui donnait aux dames l’occasion de parader avec un chapeau confectionné tout exprès pour l’occasion : le Easter bonnet.


En conclusion

Je vous laisse sur cette vidéo qui montre une recette victorienne d’oeufs en chocolat marbrés pour Pâques. Miam ! 🙂

SOURCES :
Wikipédia – Pâques
Wikipédia – Mardi Gras
Wikipédia – Éostre
Jane Austen’s Easter
Easter, Ishtar and Eostre
Regency Easter customs
Easter traditions during the Victorian era

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3 réponses à « Pâques et ses traditions au XIXème »

  1. Merci pour la réponse !

    Au final c’est comme souvent “faites ce que je dis mais pas ce que je fais”. En public on observe le Carême et en privé on fait ce qu’on veut du moment qu’on ne le montre pas. La semaine suivant Pâques devait être chargé en mariage et attendu par beaucoup de mère qui devait craindre une annulation des fiançailles. 😉
    S

  2. Bonjour, et merci de rectifier le tir ! En effet, c’était une erreur de ma part : le lundi de Pâques est un jour férié (sans connotation religieuse, le but est juste de donner un jour de congé en plus du dimanche), tandis que c’est bien lors du Dimanche de Pâques que l’on fête la Résurrection. J’ai corrigé l’article.

    C’est également un bon point de souligner le conflit entre le Carême (période d’abstinence) et les mondanités fastueuses de la saison de Londres. Il est certain que le gros de la saison reprenait APRÈS Pâques, car on n’avait pas le droit de se marier pendant le Carême et beaucoup de lieux de divertissement étaient fermés, mais j’ai pu lire ici (http://www.edwardianpromenade.com/season/the-london-season/) qu’il y avait tout de même un peu d’activité : quelques danses, quelques dîners en petits comités et certaines pièces de théâtre, mais beaucoup moins que le reste de l’année. On recevait plus facilement dans la journée, c’était moins cérémonieux (par exemple, on invitait pour le thé de 5 heures, à l’époque victorienne).

    Il n’y avait donc pas de grands bals. On parlerait plutôt d’un dîner avec un nombre réduit d’invités, au cours duquel s’improvisent quelques danses. Que servaient-ils à manger ? Bonne question… Du temps de Jane Austen, les Puritains étaient très influents donc on observait le Carême avec beaucoup d’attention, mais ça s’est un peu effiloché au cours du siècle. De tous temps, il y a eu conflit entre la morale religieuse qui prône la modestie et la retenue, et la nécessité de marquer son rang à grand coups de “m’as-tu vu” et de repas fastueux, alors il est probable que même en période de Carême certains riches ne se gênaient pas pour faire des entorses à la religion et continuer à se régaler de mets raffinés.

  3. Bonjour Lise,

    Est-ce la pratique anglo-saxonne les jours que vous citer ? Car chez les catholiques depuis un Concile (vers 200-300 je crois), Pâques est toujours le dimanche.
    En France, le lundi de Pâques est un reste du compromis napoléonien avec l’Eglise sur l’Octave de Pâques. Le lundi est surtout un jour férié auquel n’est plus associé d’office particulier.
    Le deuil du Christ prend fin au début de la vigile pascale (samedi soir à la nuit tombée) où l’on allume le cierge, avec une flambée, qui brillera jusqu’à la Pentecôte. C’est lors de cette veillée de Pâques que l’on baptise les adultes comme symbole de la mort et de la résurrection. Le lendemain est le dimanche de Pâques.

    Petite question : comment se traduisait la période superposant le Carême et la saison, les familles ne recevait plus à diner mais seulement pour le bal ? Ou la pratique du jeûne était peu suivi ?

    Merci d’avance pour vos réponses,
    S

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