Belle Époque

Des objets-souvenirs en bois d’épave du Titanic

En août dernier, alors que je faisais le tour de la Nouvelle-Écosse avec mon van, j’ai visité Halifax. C’était la première fois que j’y mettais les pieds et j’étais curieuse de découvrir à la fois la ville (voyez plutôt ma petite vidéo de voyage, ici), et l’exposition permanente sur le Titanic, au Musée maritime de l’Atlantique.

Bon… je dois vous avouer que j’ai été un peu déçue. Il s’agit plutôt d’une exposition sur les naufrages célèbres qui ont eu lieu dans la région, dont le Titanic parmi d’autres (il faut dire aussi que ce musée est un sacré fourre-tout, ce n’est pas facile de s’y retrouver). Heureusement, même si la partie « Titanic » est limitée, on y trouve tout de même des informations très intéressantes, et surtout objets récupérés après le drame. Et ça – vous me connaissez -, j’aime beaucoup : les objets et les détails concrets de la vie quotidienne, ça me parle bien plus que les dates, les guerres et la vie des grands personnages.

Oui, ça m’a fait quelque chose de pouvoir observer tous ces artefacts qui ont fait partie du naufrage le plus célèbre… Mais comment sont-ils arrivés là, au fait ?

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Les objets-souvenirs du Titanic

Vous avez sûrement facilement en tête des images de pilleurs d’épaves, venus en nombre se servir dans les cargaisons des bateaux échoués sur le rivage. Des pêcheurs du coin qui vivotent comme ils peuvent, et qui sont bien contents qu’une manne pareille leur tombe du Ciel, histoire d’améliorer un peu l’ordinaire.

Mais mêmes si les populations côtières avaient la réputation – pas volée, il faut bien le dire – de dévaliser les épaves, de préférence avant que les autorités ne pointent leur nez pour y mettre bon ordre, elles avaient aussi pour habitude de garder des souvenirs des naufrages les plus marquants.

Rosette décorative fabriquée à partir de 8 morceaux de la balustrade du grand escalier du Titanic

Il s’agissait de récupérer des débris de bois, ramenés par la marée ou flottant autour du lieu du naufrage, et de les réutiliser. Le fait que le débris soit orné ou fait d’une essence de qualité (comme le beau chêne sculpté qu’on trouvait en 1ère classe du Titanic) lui donnait une certaine valeur, si bien qu’on le recyclait pour le transformer en objets utiles de la vie courante. Mais attention : ils n’étaient pas commercialisés, on les gardait pour soi. Et comme le but premier était d’en faire un souvenir, ils étaient souvent gravés ou inscrits avec le nom du bateau et sa date de naufrage.

Dans le cas du Titanic, en 1912, il n’y avait rien à dévaliser puisque le bateau a coulé en haute mer (il a été pillé et abîmé bien plus tard, quand la technologie a permis aux chasseurs de trésors de tous poils de se rendre loin sous l’eau). En revanche, il y a eu plusieurs bateaux envoyés sur place pour récupérer les corps des malheureux noyés, et ce fut l’occasion de prélever un certain nombre de débris, qui furent ensuite transformés en souvenirs :

En haut, un presse-papier fait dans une ancienne pièce de cordages (ma photo est pourrie, mais le nom « Titanic » est gravé dessus), et un cadre-photo. En bas, un rouleau à pâtisserie et une planche à découper.
Planche de cribbage (un jeu de société). Le texte écrit au dos dit : « Cette planche a été réalisée pour moi, Mr. Parker, charpentier sur le C.S. Minia, à partir d’un morceau de bois d’épave du Titanic, qui a percuté un iceberg le 14 avril 1912 à 23h40 et a coulé le 15 avril à 2h20. Le Minia a participé aux recherches pour retrouver les corps. »

Autre objet-souvenir : les souliers de l’Enfant Inconnu

Seulement 1 corps sur 5 repêché

Pour finir ma visite « ambiance Titanic », je suis allée au cimetière de Fairview – toujours à Halifax -, où sont enterrés une bonne partie des malheureux qu’on a pu retrouver.

Enfin… Une bonne partie, oui, mais sur un chiffre total franchement dérisoire, car les bateaux qu’on a envoyés exprès pour repêcher les corps du Titanic n’ont pu en retrouver que 337… sur les 1500 morts comptabilisés en tout. Soit seulement 1 personne sur 5 ! Tous les autres ont été emportés vers le fond avec le navire ou bien dispersés par les courants.

Sur ces 337 repêchés, une centaine ont eu des funérailles en mer. Les autres ont été ramenés à Halifax, une soixantaine ont été identifiés et renvoyés dans leurs familles, et c’est finalement 150 corps qui ont été enterrés à Halifax même, dans trois cimetières différents, dont le principal, Fairview, qui accueille 121 tombes.

Laissez-moi vous dire que ça fait un drôle d’effet de se promener entre les tombes. Pour des raisons administratives, les corps repêchés étaient identifiés par un numéro, en attendant de réussir (ou pas) à retrouver leur identité. Ce qui fait que les pierres tombales portent au moins un numéro, mais pas toujours de nom, ou alors on voit que le nom a été gravé beaucoup plus tard, ce qui signifie que le corps a mis des années avant d’être identifié formellement.

Et puis il y a la tombe de l’Enfant Inconnu.

Les femmes et les enfants d’abord… n’est-ce pas ?

Non.

Sur le Titanic, ça n’était vrai que pour la 1ère et la 2ème classe, où, en effet, les femmes et les enfants ont été majoritairement sauvés au détriment des hommes. En revanche, pour ce qui est de la 3ème classe (les passagers les plus nombreux), le taux de mortalité est très élevé partout.

Tableau issu de l’exposition du Musée maritime d’Halifax (désolée, ma photo est un peu floue), montrant la répartition des survivants (en beige) et des morts (en rouge), selon qu’ils étaient hommes, femmes ou enfants de la 1ère, 2ème ou 3ème classe, ou bien membres d’équipage.

L’Enfant Inconnu

Parmi les trop nombreux enfants décédés lors du naufrage, le plus jeune qu’on ait repêché avait 1 an et demi. Et il venait de la 3ème classe.

Personne ne savait qui il était, il ne fut réclamé par aucune famille. Mais la vue de ce bébé choqua tellement les marins qui l’avaient récupéré qu’ils se cotisèrent pour lui payer une sépulture, en lui glissant autour du cou une médaille avec l’inscription « Notre bébé ». Désigné comme Enfant Inconnu, il devint le symbole de tous les enfants morts lors du drame.

Ce n’est qu’en 2007 – soit presque un siècle plus tard ! – qu’on parvint enfin à l’identifier formellement grâce à des tests ADN : il s’agissait de Sidney Leslie Goodwin, un petit garçon anglais, dont les parents voyageaient à bord du Titanic avec leurs 6 enfants afin de commencer une nouvelle vie à Niagara Falls, où le père s’était proposé pour un emploi. Ils voyageaient en 3ème classe, et aucun ne survécut.

Souliers de Sidney Leslie Goodwin, l’Enfant Inconnu du Titanic

Quant à l’officier de police chargé de veiller sur les corps, il fut lui aussi tellement ému qu’il conserva toute sa vie les petits souliers de l’enfant. Ils sont aujourd’hui exposés au musée d’Halifax.

Un autre objet-souvenir du drame.


En conclusion

Si vous passez par Halifax un de ces jours, arrêtez-vous donc au Musée maritime, il y a des choses intéressantes à voir (malgré l’aspect fourre-tout 😉 ). Il y a notamment d’autres artefacts venant du Titanic, comme une chaise-longue, de la vaisselle, des menus pour le dîner du soir, des panneaux de bois sculptés ou des morceaux de rampe du grand escalier…

Ça rend les choses bigrement concrètes et ça permet de redescendre un peu des images romantiques qu’on a tous en tête suite au film de James Cameron. Je n’ai rien contre ce film (au contraire, il est magnifique !), mais quand j’apprends que des fans sont allés porter des fleurs et autres hommages à l’une des tombes du cimetière Fairview parce qu’elle portait le nom « J. Dawson », je me dis que les gens sont vraiment bizarres de ne pas réussir (ou de ne pas vouloir) faire la part des choses.

SOURCES :
Musée maritime de l'Atlantique (Halifax, Canada)
Musée maritime de l'Atlantique (Halifax, Canada) - Questions à propos du Titanic
Titanic in Nova-Scotia - Museum artefacts
Wikipedia - Receiver of wreck
Wikipédia - Droit de bris
Wikipédia - Naufrageur
Wikipedia - Wrecking
Wikipedia - The unknown child
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