Écriture et autoédition

Respecter la façon dont les personnages s’adressent les uns aux autres

Je suis très bordélique pour certains choses, mais quand il s’agit d’écrire une histoire c’est pas pareil. Soyons cohérents, que diantre !

Alors après avoir déterminé (ici) que notre héros préféré s’appellerait mister-darcy-avec-un-point et qu’Elizabeth ne serait jamais Miss Bennet, je me suis penchée sur le reste…


Désigner un personnage par son nom propre

À l’époque de Jane Austen, l’étiquette était ultra précise à ce sujet.

Par exemple, si une soeur écrivait une lettre en racontant « Mon frère nous a quittés pour la Jamaïque il y a trois jours », elle s’adaptait à son destinataire : si elle écrivait à une personne de la famille, elle pouvait utiliser directement le prénom du frangin, mais si elle s’adressait à une amie ou une personne plus éloignée dans l’échelle sociale, alors elle utilisait un très formel Mr. NomDeFamille. Oui, ça a l’air pompeux, mais c’est ainsi que ça fonctionnait.

Dans La renaissance de Pemberley, je dois moi aussi m’ajuster en permanence en fonction de qui parle, de qui parle à qui, et de qui parle de qui à qui. Et puis… sont-ils en train de parler seul à seul ou devant d’autres personnes ? Entre intimes ou avec des personnes envers qui on doit maintenir une distance sociale ?

Il faut réfléchir à tout ça, car ça ne s’improvise pas !

Voyons un exemple. Tiens ! Prenons le point de vue de Darcy (au hasard… 😉 ) :

  1. Narration, hors dialogues : ça, c’est facile, Darcy sera Darcy. Toujours. Vous ne trouverez aucun paragraphe descriptif du genre « Mr. Darcy sauta à cheval et partit au galop » ni « Fitzwilliam lui lança un regard un coin ». J’ai pris le parti d’utiliser uniquement le nom Darcy, c’est un point de repère pour structurer ma narration.
  2. Le personnage A s’adresse au personnage B en tête-à-tête, ou entre intimes : Darcy appelle sa dulcinée Elizabeth ou Lizzy (et tout un tas d’autres petits noms charmants, bien sûr, mais on parle des noms propres, ici). C’est simple et familier, c’est pour leur vie privée.
  3. Le personnage A s’adresse au personnage B en public : Darcy n’appellera jamais Elizabeth autrement que Miss Elizabeth pendant leurs fiançailles, puis Mrs. Darcy, pour rester formel lorsqu’il est en société.
  4. Le personnage A parle du personnage B à un personnage C qui est un intime : Vous le savez, Darcy n’est pas du genre à avoir beaucoup d’intimes, mais s’il parle d’Elizabeth à sa soeur, à Bingley ou peut-être à son cousin le colonel, alors il dira Elizabeth tout simplement.
  5. Le personnage A parle du personnage B à un personnage C en public, ou à une personne socialement distante : même chose que le #3 : ce sera Miss Elizabeth ou Mrs. Darcy.

Et tout ça se décline pour tous les autres personnages, tout au long du roman. Il ne faut donc pas perdre le fil des relations qui unissent les gens entre eux afin d’être sûr d’utiliser les bonnes appellations à chaque fois.

Vous avez vu la scène alternative du film de 2005, rajoutée pour le public américain ? Elizabeth et Darcy bavardent des noms qu’ils vont se donner à l’avenir, dans certains contextes.

Bien sûr que c’est une scène faite pour être « cute », mais ce n’est pas tout à fait innocent non plus : il y avait tellement de subtilités dans les convenances de l’époque que ça pouvait valoir la peine de faire le point ensemble de temps en temps pour s’y retrouver ! 😉


Et pour le vouvoiement ?

C’est une question qui a trouvé sa réponse dès le début : tout le monde vouvoie tout le monde, le tutoiement n’étant réservé qu’aux personnes de situation absolument égale.

Or, pour Elizabeth, ses égales ce sont ses soeurs, et uniquement ses soeurs (même rang, même tranche d’âge, même fratrie). Charlotte est une semblable en terme d’âge et de provenance sociale, mais pas une égale car elle n’est pas de la famille. Quand à Darcy et Georgiana, bien qu’ils soient de la même fratrie, ils se vouvoient en raison de leurs 11 ans d’écart (ils se seraient tutoyés s’ils avaient été plus proches et élevés ensemble, mais ce n’est pas le cas).

Concernant l’intimité de nos héros au sein de leur couple, j’ai préféré opter pour le vouvoiement afin de conserver une élégance de manières que je trouve plutôt appropriée dans leur contexte. Et puis c’est surprenant de voir que le vouvoiement n’empêche absolument pas la familiarité, l’affection et l’intimité !

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