Tu écris des scènes de c**, dans tes histoires ?


Écrire / mercredi, janvier 16th, 2019

C’est une question qu’on me pose souvent, surtout quand on sait que j’ai écrit une trilogie sur la prostitution avant de m’attaquer au très chaste Orgueil et préjugés.

La réponse, c’est :

Oui, bien sûr. Mais c’est variable, ça dépend de l’histoire.


Du cul, oui, à condition que ce soit justifié

Les scènes de sexualité explicite sont un ingrédient scénaristique comme un autre permettant de raconter une histoire. C’est peut-être croustillant, n’empêche que ce n’est pas obligatoire, pas plus que ce n’est à éviter pudiquement : tout dépend du récit que l’on souhaite développer et de la pertinence qu’une telle scène pourrait y apporter.

Depuis 20 et quelques années que j’ai commencé à écrire des histoires, certaines contenaient donc de la sexualité, d’autres pas du tout, et quand il y en avait je pouvais être assez sage ou alors très explicite. Ça dépendait de chaque histoire, mais aussi de mon aisance personnelle à parler de cul (disons que quand on a tout juste 18 ans, ce n’est pas pareil que quand on est dans la trentaine).


Une histoire de prostituées

En 2013, j’ai écrit une trilogie racontant la vie de Victoire, jeune fille tombée enceinte hors mariage et bannie par sa famille, qui, pour survivre comme elle peut en cette fin de XIXème siècle, se prostitue dans une maison close. Avec un tel sujet, je pouvais difficilement “éteindre la lumière” chaque fois qu’une des filles du bordel monte dans une chambre avec un client.

Ces scènes de sexualité explicite sont là pour expliquer crûment, honnêtement et sans fausse pudeur (et surtout sans jugement !) la vie quotidienne des prostituées. Je n’ai pas cherché à provoquer/exciter mes lecteurs ni à les dégoûter/révolter, et je peux même vous dire que je suis restée très sage en comparaison des pratiques sexuelles qui ont cours (en général, et dans la prostitution en particulier). Je suis tombée, lors de mes recherches, sur des détails particulièrement glauques que j’ai gardés sous silence, parce que ça ne servait pas mon récit et que je ne voulais pas entrer dans un certain voyeurisme.

Les filles de joie, ça parle de féminité, de plaisir, de rapport au corps, de rapport à l’autre (l’amant, le client), d’émancipation du corps féminin contrôlé par l’homme. Les scènes de sexe sont une des clés pour raconter tout ça, tout autant que peuvent l’être les scènes de toilette et de soins du corps.

La prostitution et la vision qu’on avait de la femme dans la société de la fin du XIXème siècle, c’est un sujet dont je pourrais parler pendant des heures (c’est d’ailleurs arrivé dans une conférence que j’ai donnée et où j’ai presque doublé le temps qu’on m’avait imparti 😉 ). Mais tout ça, c’était à l’époque victorienne, donc en écrivant La renaissance de Pemberley j’ai dû m’adapter : autres temps, autres moeurs (quoi qu’avec un certain nombre de similitudes).


Revenons à nos austeneries

Jane Austen est muette dans ses romans sur tout ce qui touche à la sensualité et au désir (j’en parle ici). En revanche, dans les austeneries d’aujourd’hui, on trouve de tout : depuis l’histoire qui ne raconte que de tendres baisers entre les jeunes époux, dans la droite lignée du roman, jusqu’au fantasme débridé de Darcy en bête de sexe, avec tous les détails les plus crus. Il y en a vraiment pour tous les goûts !

Mais alors, si on souhaite respecter l’oeuvre de Jane Austen, on la met où, la limite ?

Pour La renaissance de Pemberley, j’ai personnellement choisi un entre-deux (qui ne satisfait pas tout le monde, d’ailleurs, certaines lectrices en voudraient plus alors que d’autres trouvent que c’est déjà trop 😉 ).

Je raconte l’histoire d’un couple de jeunes mariés : ils se sont à peine effleurés avant le mariage et doivent maintenant trouver un équilibre pour que leur intimité puisse se développer et que leur vie quotidienne ensemble soit épanouissante. Là non plus, je n’avais pas envie d’éteindre pudiquement la lumière dès qu’ils franchissent le seuil de la même chambre, mais sans pour autant présenter une sexualité totalement assumée dès le départ. Quelle jeune fille vierge se transforme en femme fatale au soir de sa nuit de noces ? Vous étiez si à l’aise que ça, vous, le premier soir ? Et quel jeune homme célibataire, à l’époque georgienne, peut s’enorgueillir d’avoir eu l’occasion de faire grimper au rideau des dizaines de femmes avant de rencontrer celle qu’il épousera ? Il faut remettre les choses dans leur contexte !

Ce qui m’intéresse, dans les histoires en général, c’est l’évolution des personnages. La relation entre Elizabeth et Darcy va donc nécessairement évoluer après leur mariage, et il est évident que la dimension sexuelle joue un grand rôle dans tout ça. Des scènes dans l’intimité de leur chambre me paraissent donc un ingrédient tout à fait nécessaire pour montrer cette évolution.

Après, c’est comme dans Les filles de joie : pas question de tomber dans du racolage gratuit de lectrices en transformant nos amoureux en super athlètes de la bête à deux dos et de tout détailler par le menu. Ce n’est pas ma vision de ces personnages-là, en tout cas. Alors, la sensualité, c’est bien, et un peu de pudeur, c’est pas mal aussi… 😉

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Une réponse à « Tu écris des scènes de c**, dans tes histoires ? »

  1. Oui, la vie réelle est pareille. Il y a des couples maries, amants ou amis qui fonctionnent sans s’étaler sur le sujet et d’autres qui en tartinent des tonnes ( à douter d’ailleurs que tout est vrai !); donc dans un roman, on peut tout écrire, si celà dessert l’histoire.

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