Les coiffures des hommes pendant la Régence (… et celle de Mr. Darcy)


- Époque Régence / mercredi, mars 18th, 2020

Avec l’arrivée de la mode néo-classique, à la toute fin du XVIIIème siècle, les femmes ont cherché à se transformer en statues gréco-romaines, à grands coups de robes fluides et transparentes (ici) et de coiffures savamment bouclées (ici).

Pour les hommes, le style des vêtements est resté dans la continuité de la mode précédente (ils n’ont pas commencé à porter des toges, non plus !), par contre, niveau capillaire, ils se sont eux aussi inspirés des coiffures masculines de l’Antiquité.

Mais avant d’en arriver là, il a fallu commencer par se débarrasser des perruques blanches…


Quid des perruques et cheveux poudrés ?

Encore à la mode, mais…

Il y a plusieurs semaines, j’ai fait exprès d’écrire un long article sur le port de la perruque par les hommes au XVIIème et XVIIIème siècle, parce que je voulais comprendre pourquoi, subitement, ils s’étaient tous mis à se blanchir les cheveux avant l’âge, et comment s’était opérée la transition vers le néo-classissisme. Je vous laisse aller lire ça ici.

Portrait de Edward Austen Knight, frère de Jane Austen, à l'âge de 20 ans (1788)
En 1788, Edward Austen Knight, le frère de Jane Austen, a 20 ans et porte les cheveux poudrés.

La conclusion, c’était que la Révolution française de 1789-1799 a complètement renversé les codes de la mode : alors qu’auparavant on affichait fièrement son appartenance à la noblesse (notamment au travers des perruques), du jour au lendemain on s’est mis à se faire nettement plus discret pour essayer – littéralement – de sauver sa tête.

En Angleterre, où il n’y a pas eu de révolution, on a continué à porter la perruque blanche ou les cheveux poudrés pendant encore plusieurs années. Mais la transition est déjà amorcée…

Un ras-le-bol général

J’ai raconté ici que la Couronne d’Angleterre prélevait beaucoup de taxes. Je veux dire : BEAUCOUP. Au point de déclencher des guerres. Le Tea Party de Boston de 1773, révélateur de la révolte qui a mené à la guerre d’indépendance américaine deux ans plus tard, venait d’une exaspération des colons face à une nouvelle hausse des taxes sur le thé (et vous verrez ici que la taxe sur le thé pouvait s’élever jusqu’à 119% !!!). Or, en 1785, le Premier Ministre William Pitt lève de nouvelles taxes, pour renflouer les caisses de l’État (vidées à cause de la guerre d’indépendance, justement… ironique, non ?). Ça fait sacrément grimper le prix de la poudre à cheveux et grimacer ceux qui ont l’habitude d’en acheter.

10 ans plus tard, les choses empirent encore, car à la suite d’hivers particulièrement rigoureux et de mauvaises récoltes, la farine se raréfie. Dans ces conditions, la farine, on préfère en faire du pain plutôt que de la poudre à cheveux. Logique.

Tout ça, combiné à l’influence de la France, fait que les Anglais commencent à trouver de plus en plus pénible de se poudrer ou de porter des perruques, et c’est pourquoi, progressivement, ils adoptent le style néo-classique et retournent à leurs cheveux naturels.

TROP TARD… William Pitt finira par redescendre le prix des taxes, mais les hommes ont déjà découvert le confort qu’il y a à arborer leurs vrais cheveux, et la mode ne reviendra plus en arrière.


À propos de Mr. Darcy

De quoi lancer un débat

En 2017, une petite étude a fait bondir les fans de Jane Austen…

Des universitaires anglais renommés ont affirmé que le look de beau gosse viril d’un Colin Firth ou d’un Matthew Macfadyen n’avait pas grand chose à voir avec les critères de beauté de l’époque, et que Mr. Darcy devrait plutôt ressembler à ceci :

Portrait de ce à quoi devrait ressembler le "vrai" Mr. Darcy, selon les canons de beauté de l'époque (étude universitaire anglaise de 2017)
Mr. Darcy en 1796 : ni mâchoire carrée, ni larges épaules, mais teint pâle et cheveux poudrés

Il faut dire que la première version du roman, intitulée First impressions, a été écrit par Jane Austen vers 1796. Elle a ensuite retravaillé son manuscrit en 1811, ce qui a donné le Pride and prejudice publié en 1813 (et c’est pourquoi on admet communément que l’histoire se serait déroulée en 1810-1811).

Or, entre la première et la dernière version, ça laisse un gap d’une quinzaine d’années, pendant lequel la mode masculine a eu amplement le temps de changer.

Un Mr. Darcy en 1796 pourrait donc fort bien continuer de porter une perruque blanche ou des cheveux poudrés, par contre un Mr. Darcy de 1811 a bien plus de chance d’avoir adopté une coupe de cheveux néo-classique, comme ce que nous montrent les films et séries.

CHEVEUX FONCÉS ? Jane Austen ne décrit presque pas ses personnages et ne donne aucune indication de dates, ce qui laisse libre cours à interprétation.

Quand il apparaît pour la première fois au bal public de Meryton, Darcy est dépeint comme grand, ayant un beau visage et beaucoup d’allure. Est-ce qu’elle ne dit pas aussi, ailleurs, qu’il a les cheveux foncés ? Je n’arrive plus à retrouver si c’est le cas, mais si oui, ça voudrait bien dire qu’il ne porte ni perruque ni cheveux poudrés.

Du muscle en haut ou en bas ?

Nous autres, femmes modernes, adorons qu’un homme ait des épaules larges, le torse bien développé et le dos en V, signes de puissance et de protection.

Portrait de ce à quoi devrait ressembler le "vrai" Mr. Darcy, selon les canons de beauté de l'époque (étude universitaire anglaise de 2017)
Comment ça, vous ne le trouvez pas sexy, ce Mr. Darcy-là ? Il a de bien belles cuisses, pourtant !

En revanche, les femmes du début du XIXème apprécient plutôt des cuisses musclées, qui indiquent que l’homme est un bon cavalier (il a donc les moyens de posséder des chevaux et le loisir de les monter pour aller à la chasse, autrement dit, c’est un privilégié, sans doute un rentier, et c’est méga attirant quand on se cherche un mari). À cette époque, avoir des épaules larges et des gros bras, c’est plutôt un critère propre aux fermiers qui labourent et font les moissons, ou bien aux marins qui tirent sur les cordages. Un gentleman, lui, se doit d’avoir un physique plus léger et délicat.

Cela dit, ce critère d’épaules larges et de dos en V va tout de même devenir à la mode avec les dandys (dont le célèbre Beau Brummel dont j’ai parlé ici), qui se mettront à porter des costumes « paddés », c’est à dire munis d’épaulettes pour élargir leur épaules et accentuer ce V. Pour ce qui est des abdos en tablettes de chocolat, par contre, il faudra attendre le XXème siècle !

Décidément, la mode, ça va, ça vient !

Mais… je n’étais pas là pour parler de cheveux, moi ? Pardon, pardon, je me suis encore égarée… 😉


Les styles néo-classiques

Les coupes à la mode

Au temps de Jane Austen et de Napoléon, on voit apparaître des coupes aux noms évocateurs :

Coiffure néo-classique à la Brutus, ou à la Titus
Titus et ses bouclettes, et une coiffure « à la Titus »
  • à la Brutus, ou à la Titus, avec des cheveux bien bouclés et bien ébouriffés, courts derrière, mais avec du volume sur le dessus. On l’appelait aussi « coiffure à la victime » car ça ressemblait aux têtes des condamnés, à qui on coupait les cheveux pour que ça ne gêne pas la lame de la guillotine
Coiffure népo-classique à la César
César et sa frange, et une coiffure « à la César »
  • à la César, avec cette petite frange bien courte sur le front, la coupe typique d’un homme qui se dégarnit peu à peu

Ou encore :

  • à la Chérubin, avec un gros paquet de boucles tout autour de la tête, dignes des angelots qu’on trouve dans les peintures classiques
  • à la Bedford, une autre coupe très courte et bouclée, popularisée par le 5ème duc de Bedford (qui avait abandonné ses perruques en signe de protestation contre la hausse des taxes)
  • en coup de vent, avec les mèches balayées d’un côté comme sous l’effet du vent
  • en « chouette effrayée », autrement dit carrément en pétard et avec des mèches collées par un effet gras (miam ! 😉 )

Notez que même si toutes ces coupes sont faites pour mettre en valeur une belle chevelure fournie et naturelle, ça n’empêchait pas ces messieurs, pour faire tenir ça comme il faut, d’utiliser de l’huile, de la pommade, voire même de ne pas se laver la tête pendant un moment s’il le faut !

Comparaison des coiffures de Mr. Darcy, version avec Colin Firth ou avec Matthew Macfadyen

AU FAIT… Puisqu’on parle d’Orgueil et préjugés, j’ai beau avoir une nette préférence pour le film de 2005 plutôt que pour la série de 1995 (j’avais expliqué pourquoi il y a bien longtemps, voyez ici), je reconnais volontiers que Colin fait un meilleur Darcy, notamment pour ce qui est du look. Avoir les cheveux bouclés, à l’époque, c’était un must pour les hommes comme pour les femmes ! Quand à la coupe de Matthew, elle n’a malheureusement rien de néo-classique.

Moins de changements que pour les coiffures féminines

Je vous remets ci-dessous les excellents montages graphiques du site Bloshka (que j’avais partagés ici à propos des coiffures de femmes).

Du côté des hommes, l’évolution à travers le temps n’est pas flagrante. Certes, les longueurs varient un peu et le côté « broussaille » va finir par prendre un coup de peigne, mais la base ne change pas : on aime les boucles et le volume, une raie plus ou moins définie, et les cheveux brossés vers l’avant pour encadrer le visage.

Et des favoris, aussi ! Pour le moment, la barbe et la moustache ne sont pas à la mode (ça viendra plus tard, dans la deuxième moitié du XIXème), alors on se rase bien le menton mais on porte des favoris.

Évolution des styles de coiffure du XIXème siècle pour les hommes, selon le site Bloshka. Années 1800.
Évolution des styles de coiffure du XIXème siècle pour les hommes, selon le site Bloshka. Années 1810.
Évolution des styles de coiffure du XIXème siècle pour les hommes, selon le site Bloshka. Années 1820.
Évolution des styles de coiffure du XIXème siècle pour les hommes, selon le site Bloshka. Années 1830.
Évolution des styles de coiffure du XIXème siècle pour les hommes, selon le site Bloshka. Années 1840.

En conclusion

À l’époque, les hommes ont probablement été sacrément soulagés de ne plus avoir à porter de perruques en crin de cheval qui grattent, ni se s’enfariner la tête tous les matins au risque de laisser un nuage de poussière blanche derrière soi au moindre coup de vent…

Bien entendu, je rappelle que ces fameuses perruques et cheveux poudrés n’étaient portés que par les personnes d’un rang élevé (ou par ceux qui essayaient de faire croire qu’ils faisaient partie de ce monde-là). On s’entend que la classe des travailleurs, c’est à dire au moins 80% de la population, a toujours porté ses cheveux naturels, plus ou moins longs.

N’empêche : c’est à partir de là que le look des hommes a commencé à se faire plus discret. Finis, les costumes colorés et tape-à-l’oeil pour montrer qu’on est riche; finie, la tête blanche comme signe d’appartenance à la noblesse… Les hommes de haut rang et ceux d’un rang inférieur ont commencé à se ressembler, à se mélanger dans les mêmes foules, à participer aux mêmes activités de loisirs (je pense aux jardins de Vauxhall, ici), à partager le même espace public.

Et ça aussi, c’était une sacrée révolution !

SOURCES :
Why did people wear powdered wigs
Food riots of 1795 due to climate changes
« Real » Mr. Darcy was nothing like Colin Firth, academics says
Shocking study reveals Mr. Darcy wasn’t actually hot
Men’s hairstyles at the turn of the 19th century
Bloshka – Men headdresses
Regency male hairstyles
Coiffure à la Titus
Wikipedia – 1795/1820 in Western fashion – Men hairstyles and headgear

2 réponses à « Les coiffures des hommes pendant la Régence (… et celle de Mr. Darcy) »

  1. Bizarrement, le Mr Darcy avec les cheveux poudrés… Y a pas à dire, ça ne fait pas le même effet…. À quoi ça peut tenir, hein !…

    1. Ha ha ! Oui, ça ne fait pas le même effet… Comme quoi, les standards de beauté, c’est très subjectif et ça évolue tellement dans le temps ! Peut-être que dans 10 ans, on trouvera Colin Firth complètement kitch ? 😉

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