Le choix de verrouiller son ebook… ou pas


Autoédition / samedi, décembre 22nd, 2018

S’autoéditer, ça vous force à vous poser des questions qu’en tant qu’auteur vous ne vous seriez jamais posées…

Quand est venu le temps de faire la mise en page de mon ebook en format ePub, je me suis retrouvée face à ce dilemme :

Dois-je verrouiller mon ebook avec des DRM pour empêcher qu’il soit copié et piraté ? Ou bien dois-je le laisser ouvert, pour que mes acheteurs puissent en disposer librement, quitte à ce que certains abusent ?


La (légitime) crainte du piratage

Commençons par le commencement : quand on est créateur, qu’on a passé des centaines d’heures bénévoles à travailler sur son oeuvre, on est en droit d’attendre une juste rémunération une fois la-dite oeuvre mise en vente. C’est valable en musique, en design graphique, en écriture, en films… dans n’importe quel domaine où il y a création et mise en vente. La question n’est pas de vouloir faire un max de fric à tout prix, mais juste d’être rémunéré honnêtement pour son travail, afin que les métiers artistiques puissent enfin avoir autant de considération qu’un orthophoniste, un consultant en assurances, un enseignant ou un pompier.

Ça me ferait donc mal au coeur, après plus de 700 heures d’écriture sur La renaissance de Pemberley (sans compter le travail d’édition), de toucher moins que le salaire minimum. J’en ai déjà parlé ici et ici. C’est pourquoi, comme tous les créateurs dans mon cas, je ressens forcément une certaine inquiétude à réaliser qu’un ebook non protégé, c’est comme n’importe quel fichier informatique : ça peut se copier-coller en des milliers d’exemplaires en quelques clics. Il est tout naturel de m’inquiéter qu’une partie du fruit de mes efforts finisse par m’échapper.

Et tout ça, je ne m’en suis jamais préoccupée une seconde quand j’étais avec mon éditeur, car c’est lui qui prenait en charge. Alors que maintenant que je suis ma propre éditrice, soudain la moindre décision devient possiblement lourde de conséquences ! Ouch ! 😉

Cela dit…


Les DRM

Verrouiller son ebook grâce aux DRM, c’est l’assurance (disent Amazon et les autres) que notre ebook ne sera pas copié-collé, autrement dit que chaque personne qui voudra en profiter devra d’abord l’acheter.

Bon, ça, c’est la théorie. Parce qu’en pratique, des DRM, ça se contourne. Ensuite, c’est très très chiant pour les acheteurs qui ont bel et bien payé leur exemplaire et qui aimeraient pouvoir le lire aussi bien sur leur ordi, leur tablette que leur téléphone. Ils l’ont acheté, ils veulent pouvoir le consommer comme ils l’entendent, et ils ont bien raison !

Alors à part emmerder pénaliser les acheteurs réglos, il semblerait que les DRM ne soient pas très efficaces…


Soyons honnête avec nous-même

Moi aussi, ça m’arrive d’acheter des CD de musique, et ensuite d’en envoyer une copie à un ami pour lui faire découvrir ce que j’aime et qu’il va peut-être aimer à son tour. Diffuser ce qu’on aime, c’est naturel, il n’y a rien de malveillant là-dedans (je parle bien sûr de partager entre proches, pas de faire un business de copies de CD, DVD ou livres, revendus sous le manteau…).

Quand on crée un objet, une fois dans les mains d’autrui, on perd le contrôle de ce que cet objet va devenir. Et c’est ok comme ça. Un livre papier aussi, ça se prête à des amis, alors pourquoi pas un ebook ? On sait bien qu’il y aura toujours beaucoup plus de gens qui vont consommer un produit créatif que de gens qui vont l’acheter plein pot. En tant que consommatrice (comme vous, comme tout le monde), parfois j’achète et souvent j’emprunte, et c’est tout simplement normal. Alors je serais un peu de mauvaise foi si soudain je me mettais à vilipender les gens qui pourraient copier et distribuer mon ebook à leurs amis, sous prétexte qu’ils me feraient perdre des ventes potentielles.

D’autant que… qu’est-ce qui me dit que les amis en question auraient réellement acheté mon ebook ? Ils l’ont lu, super. S’ils avaient dû l’acheter, l’auraient-ils fait ? Ou n’auraient-ils pas plutôt passé leur chemin, manquant l’occasion pour mon livre faire son boulot de livre, c’est à dire se faire lire ?


Le cas de cette fameuse partition de musique

Il y a quelques années, je chantais dans une chorale et on travaillait un morceau de musique d’une compositrice contemporaine. La partition était enregistrée aux Archives Nationales, on nous en avait prêté des exemplaires le temps du concert, mais on avait interdiction d’en faire des photocopies et il fallait les rendre après. Pour nous, petits choristes, c’était pénible, car on ne pouvait pas gribouiller, surligner et prendre des notes dans ces partitions-là, comme on le fait habituellement quand on apprend une musique.

Ça m’avait interloqué, cette interdiction (c’était la première fois que je voyais ça, mais ça s’est reproduit 2 ans plus tard, à un autre concert). C’était contraignant pour tout le monde, et je m’étais fait la réflexion qu’à trop vouloir protéger son travail, ce qui est compréhensible au premier abord, cette musicienne s’était aussi privée de l’occasion de voir sa musique jouée en concert plus souvent. Or, une oeuvre rangée sur une étagère aux Archives Nationales, c’est une oeuvre qui ne vit pas. Elle est conservée, c’est tout.

J’ai une opinion assez similaire en ce qui concerne ces créateurs qui reprennent des oeuvres existantes, les remixent, les retravaillent, pour en faire quelque chose de nouveau (et les fanfictions amateures dont je suis issue font partie de cette démarche). Je suis bien placée pour comprendre qu’un auteur souhaite protéger son travail, mais à force de mettre des lois, des verrous, des barrières partout, on ne fait que limiter la créativité et on empêche les oeuvres de se diffuser. C’est une question complexe, et je n’ai certainement pas de réponse claire à proposer, mais ça me dérange profondément de voir que la culture se verrouille, se sclérose, pour des questions d’argent. Il y a un équilibre à trouver dans tout ça.


En conclusion

Aujourd’hui, me voilà face à ce dilemme :

  1. Je ne veux pas récolter seulement des miettes après le travail considérable que j’ai fourni, depuis un an, bien sûr, mais aussi depuis que j’ai commencé à écrire (car je ne suis pas devenue la romancière que je suis maintenant par hasard : c’est une expérience acquise au fil de longues années d’écriture).
  2. Je ne veux pas non plus que La renaissance de Pemberley prenne la poussière sur une étagère. Je veux que mon livre vive sa vie de livre, c’est à dire qu’il soit lu par un maximum de gens.

Je dois être cohérente avec moi-même et accepter qu’une bonne partie des lecteurs qui auront un jour mon roman entre les mains ne l’auront pas nécessairement acheté. Et, finalement, c’est très bien comme ça. Ça fait partie de ce qui fait une création : elle finit par suivre son chemin, hors du contrôle de son auteur. Un roman est fait pour être lu, c’est ça raison d’être, alors je préfère encore qu’il soit copié-collé dans mon dos, plutôt que cadenassé et limité.

Donc, non, mon ebook ne sera pas protégé par des DRM.

Hey ! Je vous vois venir… Je dis ça, mais ce n’est pas un appel au piratage, hein ! Tout ça n’empêche pas que La renaissance de Pemberley est sous copyright ! 😉

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2 réponses à « Le choix de verrouiller son ebook… ou pas »

    1. On a le choix, et je suppose que d’autres éditeurs ou autoéditeurs pourraient avoir un avis et des arguments différents. Mais en ce qui me concerne, je suis pour favoriser au maximum la lecture et le confort des lecteurs, quitte à perdre quelques ventes au passage 😉

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