Ça t’apporte quoi, d’écrire ?


Écrire / mercredi, septembre 19th, 2018

À quoi ça sert, d’écrire ? C’est tellement de travail qu’il faut bien que ça apporte une certaine récompense en retour, non ? Surtout que ce n’est pas un travail ordinaire où on ne fait qu’échanger des heures de notre temps contre un salaire : c’est un engagement bénévole pour lequel on ignore totalement si le succès sera au rendez-vous ou non. Et puis il faudrait commencer par définir ce qu’on entend par “succès”…

Quoi qu’il en soit, oui, c’est évident que ça apporte plein de choses. Et bon nombre de surprises aussi !


De belles rencontres

La communauté JAG

Au début des années 2000, j’avais une vingtaine d’années et j’étais une fan absolue d’une série télé américaine : JAG. Le couple de héros, Harm et Mac, m’ont inspiré la rédaction de nombreuses fanfictions (la série a duré 9 saisons, alors il y avait de quoi faire !).

Mais au delà de ça, j’ai surtout fais partie d’une communauté de fans vraiment géniaux, dont certains vont se reconnaître en lisant cet article. Brigitte, Hélène, Marji, Pauline, Marie, Soize, Laurent, Cathy, Olivier, Patricia et tous les autres… je vous salue ! 🙂

La technologie était laborieuse… À nos débuts, on utilisait une mailing list ! (avant que Brigitte ne corrige le tir avec son site Jag-en-ligne) Mais ces contraintes ne nous ont pas empêchés de nous rencontrer dans la vraie vie, notamment grâce à nos “conventions JAG” annuelles, qui ressemblaient à une vingtaine d’amis venus de toute la France et de Belgique pour passer une journée ensemble autour de leur passion commune.

J’ai énormément écris, à cette époque : des FF sorties de ma tête et d’autres faites sur mesure pour offrir en cadeau à un anniversaire ou pour refléter la vie de communauté que nous avions (et le grand n’importe quoi qui nous faisait rire). C’est indéniable : je nourrissais la communauté tout autant que j’étais nourrie par elle.

Les salons du livre

C’est un monde très intime que celui des salons du livre (en tout cas au Québec), en dépit de la foule bruyante qui circule autour de nous. On est assis à sa table pendant quelques heures, on sourit aux gens qui passent, on explique de quoi retourne le roman qu’on présente, et on signe des autographes. Et puis on bavarde avec nos voisins de table pour passer le temps pendant les moments creux.

C’est souvent la seule occasion qu’on a de rencontrer les autres auteurs publiés par notre maison d’édition. On peut alors partager nos expériences d’écrivants, nos projets futurs, nos petites joies et nos difficultés, et se sentir un peu moins seuls devant notre page blanche. Ce sont des moments précieux qui nous réconfortent et nous font sentir appartenir à un groupe. Robin, Sonia, Marylène, Richard… je vous salue également ! 🙂


Des connaissances générales

Je ne suis pas historienne, mais j’adore l’Histoire et je suis curieuse. Et j’ai la chance d’avoir une mémoire d’éléphant qui fait que j’arrive assez facilement à relier les points entre eux (même si j’ai plus de mal à citer mes sources : je me souviens avoir lu, vu ou entendu telle information, mais allez donc savoir où !).

Pour écrire quelque chose qui tient la route, il est nécessaire que je me plonge dans la période où se déroule mon récit, sauf que, une recherche en amenant une autre, je finis toujours par soulever beaucoup plus de questions que je ne trouve de réponses ! J’ai vite fait de partir dans toutes les directions autour de mon sujet, et de m’égarer en mémorisant au passage tout un tas de trucs parallèles dont je ne sais jamais si ils me serviront un jour… Ça fait partie du plaisir des recherches !

Tout cela ne fait pas qu’étoffer peu à peu ma culture générale : ça modifie également le point de vue que j’ai sur la vie, incluant l’actualité dans laquelle nous nous trouvons. En écrivant Les filles de joie, par exemple, je ne me suis pas contentée de planter un décor de tentures de velours et d’alcôves sentant le souffre et le musc : je me suis documentée sur le phénomène de la prostitution en général, de l’Antiquité à nos jours, et par delà les frontières de l’Occident. J’ai vu et lu des témoignages bouleversants de ces prostituées devenues physiologiquement incapables de ressentir une simple caresse sur la peau à force de se murer dans leur tête pour se protéger de leur travail. J’ai aussi pris conscience des changements majeurs qui agitaient les pays occidentaux à l’époque de mon roman, le virage de la société industrielle et de la modernisation, les rôles traditionnels des hommes et des femmes remis en cause (ce n’était que le début !), le “danger” que représentait une femme non soumise réclamant la maîtrise de son propre corps, le lien avec les chasses aux sorcières qui ont eu lieu au cours des siècles…

Avec l’écriture de cette trilogie, mes convictions féministes se sont développées, ma conviction que plus j’en apprends et moins j’en sais aussi. Et quand on m’a proposé de donner une conférence de 1h30 sur la vie dans les bordels, j’ai dépassé les 2h15 car j’ai mis au moins 40 minutes juste à expliquer le contexte socio-économique des années 1890 et leur vision de la femme. C’est évident que toutes ces connaissances acquises ne transparaissent qu’à peine dans mon récit, en revanche, moi, je ne suis plus la même.


De nouvelles passions

Ma grande découverte, ça a été l’opéra, après avoir écrit La cantatrice. Je n’y connaissais absolument rien, mais comme pour tout, j’ai fait mes recherches et j’ai découvert un univers qui m’est tombé dans l’oreille. De l’opéra et de la musique classique, je n’écoute quasiment que ça désormais (et c’est pas des blagues, c’est bien pour ça que je vous en partage des extraits sur ce blog chaque semaine, voyez la liste ici).

Ça été progressif, tout de même. Disons qu’entre Bellini et Wagner il y a tout un monde : le premier s’écoute facilement, le deuxième… beaucoup moins ! Mais j’ai fait mon chemin, découvert des voix qui me plaisaient plus que d’autres et affiné mes goûts personnels.

Je vous raconterai plus tard des anecdotes au sujet d’Emma Albani (comme elle a vraiment existé elle a laissé des traces de son passage), mais en attendant je vous laisse découvrir ceci : l’air de La Sonnambula, le premier rôle qu’Emma a chanté au début de sa carrière, interprété ici par la somptueuse Anna Netrebko qui m’a servi d’inspiration pendant toute l’écriture du roman :


De la satisfaction personnelle

Ça, c’est probablement la plus grande motivation pour un auteur.

Écrire, c’est structurer sa pensée. C’est rendre des idées tangibles. Des histoires, j’en ai plein la tête, quasiment en permanence, mais elles sont en vrac, décousues, flottantes, et toutes ne valent pas la peine d’être couchées sur le papier. Lorsque je le fais, je prends le temps d’ordonner mes idées et j’organise dans mon texte les scènes et les images qui, autrement, resteraient éternellement malléables et changeantes. Mais je suis la seule à les voir, ces images, car ensuite chaque lecteur plaque sur le texte ses propres images, s’approprie l’histoire. Ce qu’il en fait, ça lui appartient et ça ne me concerne plus.

Ma satisfaction personnelle ne tient donc pas dans le fait que mes histoires soient appréciées par d’autres, mais bien dans le résultat tangible que j’arrive à produire à partir du matériau volatile de mes idées. Lorsque la scène que je viens d’écrire reflète très exactement ce que j’imaginais, alors je suis contente.

C’est valable pour tout : quand on arrive à faire quelque chose à la hauteur de ce qu’on espérait et qu’on est content de soi, ça n’a pas de prix.

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