Un couteau suisse au féminin : la châtelaine


_Époque victorienne / samedi, avril 27th, 2019

Dans la série des objets ravissants et surprenants dont j’ignorais l’existence avant de tomber dessus par hasard, j’ai nommé : la chatelaine !

PRÉCISION : Dans cet article, je vais écrire chatelaine sans accent circonflexe, car je parle de la version anglaise, très à la mode à l’époque victorienne. Cela dit, on utilisait bel et bien le mot châtelaine en France pour désigner le même objet.


L’attribut de la gérante

Une chatelaine, c’est un ensemble de petits objets reliés entre eux par des chaînettes, qu’une femme porte accrochés à sa ceinture. Ces objets sont ceux dont elle peut avoir besoin pour gérer sa maison au quotidien et qu’elle veut avoir sous la main en permanence. À elle de composer son kit personnalisé ! On y trouve en général :

  • des clés
  • une petite paire de ciseaux
  • un dé à coudre
  • une montre
  • un sceau
  • un crayon
  • un petit carnet de notes
  • un couteau de poche
  • etc.

La chatelaine indique le statut de la femme qui la porte. Les clés, notamment, sont super importantes : celle qui possède les clés des bureaux, placards ou buffets, c’est forcément celle qui dirige la maisonnée et donne des instructions aux domestiques.

Il pouvait donc s’agir de la maîtresse de la maison, mais assez souvent c’est son intendante qui porte la chatelaine, car c’est elle qui, concrètement, gère le quotidien.

Les chatelaine sont souvent faites en acier (ce qui est logique, notamment pour les dés à coudre et les ciseaux). Il y avait à au XIXème un savoir-faire particulier pour travailler l’acier de façon très ornementale, au point qu’on en faisait des bijoux.

L’évolution dans le temps

Le mot chatelaine renvoie aux dames de l’époque médiévale, responsables elles aussi de gérer la vie quotidienne de leurs petits châteaux.

Au XVème siècle, les robes n’avaient pas de poches et les dames utilisaient un clavendier, sorte d’anneau qui servait déjà à accrocher à la ceinture clés, bourses, ciseaux, couteaux et autres menus objets. Il a par la suite évolué dans le temps jusqu’à devenir la chatelaine, très courante au XVIIIème et XIXème siècles.

Pendant la Régence, elle disparaît temporairement, car la mode de la taille Empire ne permet plus d’y suspendre quoi que ce soit. Mais après 1820-1830, lorsque le corset revient et que la taille redescend (voir ici), la chatelaine réapparaît elle aussi.


L’attribut de la coquette

Pendant l’époque victorienne et la Belle-Époque, les intendantes continuent de porter la chatelaine pour leur travail quotidien.

Mais cet objet perd également son côté utilitaire pour devenir un accessoire de mode porté par les femmes soucieuses de leur élégance. C’est assez rigolo de constater que, dans ce cas, la chatelaine se transforme un petit kit de beauté !

On y accroche par exemple :

  • un miroir
  • une petite vinaigrette (voir ici) ou un flacon de parfum
  • une pince à épiler
  • une épingle à nourrice (un accroc sur une robe est si vite arrivé !)
  • un pilulier
  • … et même parfois un étui cylindrique pour y loger un petit cigare à fumer !

C’est un accessoire de plus en plus ornemental : les objets qui y sont fixés n’ont plus vraiment d’intérêt en soi (rendus là, le dé à coudre est tout à fait décoratif !) mais deviennent de vrais petits bijoux, sculptés et ornés de pierres ou d’émaux.

Perso, je trouve ça intéressant : reprendre à son compte un objet de travail alors qu’on ne travaille pas soi-même et qu’on en fait seulement un accessoire de mode, je trouve que ça traduit un côté “Regardez-moi, je suis peut-être une femme oisive, mais c’est moi qui dirige”… 😉

Cette élégante dame, prise en photo des jumelles à la main dans une mise en scène de loisirs, n’a rien d’une intendante au travail… Je n’ai pas la description exacte, mais sur le gros plan de droite, on distingue ce qui semble être un petit miroir (ou une vinaigrette), un porte-monnaie en cotte de mailles, un dé à coudre, une paire de ciseaux dans son étui, une montre, et tout en haut à droite un étui à cigare.

En conclusion

Dans Downton Abbey, l’intendante Mrs. Hughes porte bel et bien une chatelaine (quoique la sienne soit assez simple, faite de clés et d’une paire de ciseaux seulement).

On sent nettement la différence entre l’élégante qui veut une chatelaine décorative, et la femme de charge qui va a l’essentiel parce qu’il ne s’agit pour elle que de ses outils de travail.

SOURCES :
Pinterest
Wikipedia – Chatelaine (chain)
Make a Chatelaine
All finished young ladies have a chatelaine
Galerie Ouaiss Antiquités – Chatelaine
Collectors Weekly – Antiques chatelaines
Chatelaines, accessoires du 18e et 19e siècle
Glossaire “Châtelaine”
Chatelaines – Utilitarian Charm

2 réponses à « Un couteau suisse au féminin : la châtelaine »

  1. J adore tes articles comme celui ci et celui de la vinaigrette ! J adore apprendre ce genre de details !!
    Merci 😘😘

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.