Jane Austen + Game of Thrones = Taboo


_Régence / samedi, mai 11th, 2019

Je suis à fond dans Game of Thrones, ces jours-ci (comme vous, peut-être ?), et, oui, je vais sûrement bientôt me vider de toutes mes larmes vu qu’il ne reste que deux épisodes et que je crains fort pour la destinée de certains personnages que j’adore… Il faut dire que je suis, fondamentalement, une fan (pas pour rien que j’ai écris autant de fanfictions), alors je prends toujours mes fanitudes très au sérieux ! 😉

En ayant la tête à moitié dans Jane Austen et l’autre dans Game of Thrones, j’ai réalisé à quel point les deux se retrouvaient mélangés dans Taboo, une autre série britannique à laquelle je suis accro et que j’aimerais vous faire découvrir aujourd’hui.


James Keziah Delaney, héros tourmenté

L’intrigue :

James Keziah Delaney, qu’on croyait mort en Afrique, réapparaît à Londres le jour des funérailles de son père, Horace. Ce dernier n’a pas laissé grand chose, à part un obscur lopin de terre, Nootka Sound, qui se trouve bien loin de l’autre côté de l’Amérique, sur l’île de Vancouver. Dans sa jeunesse, Horace a voyagé là-bas et acquis cette terre en épousant la fille du chef d’une tribu autochtone locale. Il a par la suite ramené cette épouse à Londres, où elle lui a donné un fils (James, donc) avant de sombrer dans la folie et mourir.

À présent, Nootka est devenue un lieu stratégique, crucial autant pour l’Angleterre que pour les États-Unis, qui veulent chacun mettre la main dessus. C’est pourquoi, quand James refuse de vendre la terre dont il vient d’hériter, les ennuis commencent pour lui.

On est en Angleterre.

Et on est en 1814.


Une autre vision de la Régence

Petit recadrage historique

Ah si ! Il y a bien un bal, dans Taboo, avec de jolies filles en robe à taille Empire… Mais ne regardez pas cette série en pensant y trouver ce genre de scènes, ou vous risquez d’être sacrément refroidis !

Ce que j’aime particulièrement, avec Taboo, c’est que ça vient secouer notre vision idéalisée de l’époque de Jane Austen. Une façon de se rappeler que, non, la Régence ne tournait pas qu’autour des mariages de jeunes gens qu’on faisait se rencontrer lors d’un bal.

La Régence, c’est aussi une époque instable et pleine de tensions politiques.

C’est l’après révolution française et l’après guerre d’indépendance, entre un Napoléon qui envahit l’Europe et des États-Unis tout jeunes qui cherchent à s’imposer sur le reste du continent américain. Le Canada n’est qu’une colonie désorganisée, la conquête de l’Ouest n’a même pas encore commencé, c’est le temps de l’esclavage et les débuts de l’ère industrielle, avec son lot de misère sociale que Charles Dickens décrira 20 ans plus tard. L’Occident s’ouvre sur le monde et la modernité, et ça ne se fait pas, mais alors vraiment pas dans la douceur…

Lorna _ “Vous voulez danser ?”
James _ “Non.”

Je ne me hasarderai pas à comparer Delaney et Darcy (ce n’est pas du tout le même type de personnage), mais j’ai quand même rigolé devant cette petite scène… 😉

Une vision artistique presque steampunk

Nous sommes tellement influencés par les images que nous voyons dans les séries et les films que ça fait du bien de comparer des visions différentes d’un même sujet.

… tout en gardant en tête que ce ne sont que des fictions, des créations artistiques sublimées, qui prennent souvent beaucoup de libertés avec le réalisme historique.

Taboo raconte donc la même époque qu’Orgueil et préjugés, mais d’une autre façon. Il y a de la politique, des complots, des trahisons, des assassinats, de la boue, du cul, des pratiques occultes, de la folie, une certaine recherche de la rédemption (vous comprenez pourquoi je fais le lien avec Game of Thrones ? 😉 ), le tout dans une ambiance teintée de steampunk. Le travail des costumes me fait d’ailleurs vraiment tripper : cette silhouette de James, avec chapeau et manteau long… Miam !

Quand à Tom Hardy… Comment vous dire…

Cet acteur m’avait déjà bluffée dans Les hauts de Hurlevent (voir ici) et surtout dans Mad Max : Fury Road. Pour Taboo, c’est le même genre de rôle, c’est à dire celui d’un gars cabossé, en plein syndrome post-traumatique et constamment sur le point de basculer dans l’ultra violence ou la folie. Sachez d’ailleurs que Taboo a été écrite par lui (et son père), et qu’en gros toute la série est faite sur-mesure pour lui et ne tourne qu’autour de lui. Alors si Tom Hardy vous agace, passez votre chemin !

Le Prince Régent

Puisqu’on est en 1814, on est en plein pendant la régence du prince George (qui deviendra plus tard George IV). Je vous disais ici qu’il avait été passablement méprisé, pendant son règne, avec trop peu d’autorité pour se faire respecter de ses ministres. Je vous disais aussi ici qu’il avait fini ses jours dans un état de santé déplorable, obèse, atteint de la goutte, et qu’il était aussi méprisé et moqué pour ça.

J’ai donc eu le grand plaisir de voir que c’est ainsi qu’ils ont traité ce personnage dans Taboo (même si, en 1814, son état n’était pas encore aussi terrible), en en faisant un monarque faible, oisif, irascible et capricieux.

La Compagnie des Indes Orientales

Dans mon article sur le thé, ici, j’expliquais que la Compagnie des Indes Orientales avait le monopole sur le commerce de denrées en provenance de l’étranger.

Cette compagnie est au coeur de l’intrigue puisque ce sont eux (entre autres) qui complotent et font pression sur James Delaney pour qu’il leur cède sa terre. Et ils jouent dans le dos du prince Régent sans problème. Ils sont la représentation même de la multinationale capitaliste sans scrupules, qui ne cherche qu’à faire du profit et pour qui tous les moyens sont bons.

Oui, il a 3 tasses de thé, juste pour lui. On dirait bien que le directeur de la Compagnie des Indes Orientales est un peu psychorigide sur les bords… (fantastique Jonathan Pryce !) 😉

La violence d’une époque

Ce qui est intéressant, c’est de mettre en lumière les différents éléments qui composent une époque.

Jane Austen ne nous parle que de la gentry de campagne, des petites ambitions des uns et des autres pour s’élever dans la société, du lien familial et du besoin constant de se mettre à l’abri financièrement (en particulier quand on est une femme).

Lorsqu’on était officier, on pouvait faire fortune à la suite d’une bataille navale, car on recevait une récompense royale (en plus d’une part du butin ennemi). Si Frederick s’est enrichi, c’est donc bien qu’il était sur place, et pas juste un officier gratte-papier.

Mais si on prend l’exemple de Persuasion, quand elle nous parle de Frederick Wentworth rentrant de plusieurs années de batailles navales, couvert de gloire et d’argent, elle ne nous dit jamais rien de la violence inouïe de ces évènements et de la façon dont Frederick pouvait en être affecté. Pourtant il serait naturel que, lui aussi, souffre d’un syndrome post-traumatique lourd après avoir vécu des choses aussi horribles. Une bataille navale, c’est une immonde boucherie.

À l’opposé, Taboo est une série sombre et violente (on aime ou on n’aime pas, c’est un autre sujet), mais la violence qui y est montrée n’est pas gratuite. L’un des thèmes principaux, c’est l’esclavagisme. On apprend dans le premier épisode que James a été officier sur un négrier, puis a passé plusieurs années en Afrique. C’est ce qu’il a vu et fait pendant ces années-là qui l’ont rendu aussi psychologiquement instable à son retour en Angleterre.

Alors même si Jane Austen passe sous silence la dureté de son époque, il ne faut pas pour autant considérer la Régence comme une période paisible et légère.


En conclusion

Taboo n’a pas du tout le monopole de la véracité sur la Régence (ce n’est qu’une fiction de plus !). Toutes les rues de Londres n’étaient pas forcément des coupe-gorges, ni tous les hommes des brutes en puissance, mais ça a le mérite de montrer une époque un peu moins proprette que ce qu’on a l’habitude de voir.

En attendant, la fan en moi patiente depuis 2 ans pour avoir la deuxième saison (qui a été tournée). Ils ont aussi annoncé qu’il y aurait 3 saisons en tout pour boucler et terminer l’histoire.

Si la série vous intéresse, je ne pense pas qu’elle ait été traduite en français, mais vous la trouverez peut-être quelque part avec les sous-titres anglais. Je ne peux pas vous aider là-dessus, sauf peut-être pour vous dire que le premier épisode est disponible sur YouTube en ce moment… et n’y restera sûrement pas longtemps 😉

SOURCES :
Wikipedia – Taboo
Imdb – Taboo

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